La destruction publique de téléphones portables au collège Nelson Mandela de Libreville, intervenue fin octobre 2026 après la diffusion de vidéos indécentes tournées dans l'établissement, s'inscrit dans l'application stricte d'un règlement intérieur adopté en 2024 par le conseil de l'école, selon Gabonews, qui a recueilli le 4 novembre 2026 les explications du principal de l'établissement.
Loin de l'acte arbitraire dépeint sur les réseaux sociaux, la mesure disciplinaire fait suite à plusieurs avertissements et à la réitération d'infractions caractérisées, au sein d'un collège fréquenté par près de 5 000 élèves. L'affaire pose, au fond, une question qui dépasse largement les murs de cet établissement : quelle autorité reconnaissons-nous encore à l'institution scolaire gabonaise, et quelle part de responsabilité les familles acceptent-elles d'assumer ?
Des vidéos indécentes à l'origine de la sanction
Les téléphones détruits appartenaient à des élèves ayant tourné des vidéos destinées à TikTok dans l'enceinte même de l'école. L'une montre un élève dansant en tenue scolaire sur les tables de la classe ; l'autre, deux élèves s'embrassant et se caressant dans les couloirs de l'établissement, rapporte Gabonews.
Une première vidéo, filmée début octobre 2026 par un agent des forces de sécurité affecté au collège pour rendre compte à son supérieur absent, avait fini par circuler d'un établissement à l'autre avant d'être partagée sur les réseaux sociaux. Le principal avait alors présenté publiquement, et sans caméra, les trois élèves concernés en leur rappelant le règlement intérieur.
Quelques jours après cette mise en garde formelle, un autre groupe d'élèves a publié sur TikTok la vidéo des deux élèves s'échangeant des caresses dans les couloirs. C'est à la suite de cette récidive que l'article 11 du règlement intérieur a été appliqué, avec la destruction publique des appareils.
Un règlement intérieur adopté par l'ensemble de la communauté éducative
Le principal du collège Nelson Mandela a rappelé la teneur de l'article 11 du règlement intérieur, adopté en 2024 par le conseil de l'école réunissant l'administration et les représentants des parents d'élèves.
« L'introduction d'appareils électroniques : téléphones, ordinateurs portables, appareils de musique et/ou jeux est formellement interdit dans l'établissement. Tout appareil saisi sera détruit, autrement dit non restituable. Toutefois, pour des cas d'extrême urgence, l'élève peut se rendre auprès du DEVS pour joindre ses parents. »
L'article 26 complète ce dispositif en énumérant les interdictions formelles : escalader la clôture, traîner au couloir de la mort ou derrière la bibliothèque de l'UOB. Le texte précise que tout téléphone saisi sera systématiquement cassé.
Il importe de souligner que les parents ont été informés de l'application de cette mesure disciplinaire, notamment à travers l'Association des parents d'élèves (APE). Les pages 4 à 14 du carnet de liaison remis à chaque enfant contiennent l'intégralité de ce règlement.
La responsabilité parentale en question
Au-delà de la polémique, le responsable de l'établissement a tenu à nuancer la pratique quotidienne du collège : malgré la clause de destruction inscrite au règlement, les téléphones saisis sont généralement restitués, et ceux perdus pendant la confiscation sont souvent remboursés aux parents.
Il a également relevé que certains appareils saisis contenaient des vidéos d'élèves en plein ébats, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'établissement. Des drogues et des armes blanches sont parfois également découvertes. L'établissement privilégie la sensibilisation des familles et des élèves plutôt que la saisine systématique des autorités compétentes.
Ce constat rejoint celui formulé par des observateurs de l'actualité éducative gabonaise : Gabonclic relève que la responsabilité parentale est au cœur du débat ouvert par cette destruction d'appareils, certains parents, relayés par des personnes se présentant comme juristes, ayant mis en cause l'attitude du principal.
La question mérite d'être posée avec solennité. Pour un collège de 5 000 élèves venus d'horizons différents, faut-il laisser les enfants se filmer en positions indécentes en tenue de l'école, diffuser ces images sur les réseaux ou se les partager entre condisciples ? Quelle image voulons-nous véhiculer de l'école gabonaise ?
Un précédent régional et international
Le Gabon n'est pas seul à s'interroger. En Guinée, le procureur spécial près le tribunal pour enfants a annoncé, le 2 novembre 2026, l'interdiction formelle des téléphones portables dans l'enceinte scolaire, allant jusqu'à menacer de poursuites élèves, parents et encadrants.
Au Québec, des établissements imposent depuis une année entière la remise des appareils mobiles du début à la fin des cours, y compris pendant les pauses : mesure jugée nécessaire par certains, injuste par d'autres, selon L'Express de Drummondville.
Vers une standardisation du règlement intérieur
Le principal a offert au visiteur une copie du règlement intérieur de l'école, dans l'espoir qu'il soit standardisé pour l'ensemble des établissements publics gabonais. Un plaidoyer sera porté auprès du Conseil national des parents d'élèves du Gabon, ainsi qu'auprès des institutions dont l'une des missions porte sur le social et l'éducation.
Les parents démissionnaires des APE sont invités à reprendre le chemin de ces associations pour être au fait des réalités de leurs enfants. Si chaque famille veillait, depuis la maison, à ce que l'enfant n'entre pas à l'école avec son téléphone, par respect pour le règlement intérieur, le personnel administratif pourrait consacrer son temps à autre chose.
L'épisode du collège Nelson Mandela rappelle une vérité que notre pays ne saurait éluder : la refondation de l'école gabonaise ne se décrètera pas par des communiqués de la transition, mais se construira dans le respect des règles que la communauté éducative s'est librement données. La souveraineté nationale commence aussi par la dignité de l'institution scolaire.
Questions fréquentes
Pourquoi les téléphones ont-ils été détruits au collège Nelson Mandela ?
Les appareils ont été détruits en application de l'article 11 du règlement intérieur adopté en 2024, après que des élèves eurent filmé et diffusé des vidéos indécentes tournées dans l'établissement, malgré une mise en garde publique préalable du principal.
Les parents ont-ils été informés de la sanction ?
Oui. Les parents ont été informés de l'application de cette mesure disciplinaire notamment à travers l'Association des parents d'élèves (APE), et le règlement figure dans le carnet de liaison remis à chaque enfant.
Les téléphones saisis sont-ils toujours détruits ?
Non. Malgré la clause inscrite au règlement, les téléphones saisis sont généralement restitués, et ceux perdus pendant la confiscation sont souvent remboursés aux parents par l'établissement.
