L'ancien sénateur de la Transition Michel Ongoundou Loundah, président du parti REAGIR, a publié le 2 novembre 2026 une tribune mettant en cause la place du groupe Ebomaf de Mahamadou Bonkoungou dans l'économie gabonaise et la docilité de l'État face à cette emprise.
La tribune, rapportée par Gabonews, s'attaque frontalement au récit officiel de la reconquête souveraine brandi par le pouvoir issu du CTRI. La souveraineté proclamée dans les discours se heurte, selon l'auteur, à la dépendance constatée dans les contrats.
Un péage posé sur l'existence d'un peuple
Michel Ongoundou Loundah dresse le portrait d'un groupe tentaculaire. Routes, transport aérien, pêche, infrastructures : les activités d'Ebomaf dessineraient, selon lui, une emprise croissante sur les secteurs stratégiques du pays.
Ce n'est plus un groupe de BTP, c'est un péage posé sur l'existence de tout un peuple.
L'image est sévère. Elle vise moins l'entrepreneur que ceux qui, au sommet de l'État, ouvrent les portes. L'auteur rappelle que des hommes d'affaires de différentes origines ont pignon sur rue au Gabon et que leur nationalité ne préjuge ni de leur compétence ni de l'utilité de leurs investissements. La critique porte sur les conditions d'implantation et la concentration des marchés.
La responsabilité de ceux qui signent
La tribune opère une distinction essentielle entre les intérêts légitimes d'un homme d'affaires et les devoirs des gouvernants gabonais.
On ne reprochera pas à M. Bonkoungou de chercher des marchés. C'est son métier, et il l'exerce avec un indéniable talent.
Aux responsables gabonais reviennent l'obligation de comparer les offres, de négocier et de rendre des comptes. C'est là que le réquisitoire se fait cinglant.
Ce qui frappe n'est pas tant la réussite d'un homme d'affaires que la docilité de l'État qui la rend possible.
Sur le gré à gré, procédure dérogatoire par essence, l'ancien sénateur résume son accusation en une formule appelée à faire date : la loi fixe l'exception, le pouvoir en a fait la règle.
Des contrats qui finissent par lier les mains de l'État
Le mécanisme décrit est celui d'un enchaînement. Chaque contrat signé rend le suivant plus probable, créant des chantiers à finir, des dettes à servir, des équipements à entretenir et des relations à ménager. L'accumulation des engagements réduirait progressivement la marge de manœuvre de l'État gabonais.
À terme, l'État ne choisit plus son partenaire : il le subit.
Michel Ongoundou Loundah rattache ce mécanisme à la capture de l'État, lecture politique des dossiers évoqués. Le paradoxe est saisissant pour un pouvoir qui fonde sa légitimité sur la reconquête de la souveraineté nationale après des décennies de gouvernance Bongo.
Le récit de la rupture mis à l'épreuve
La charge touche au cœur du discours de la transition dirigée par Brice Oligui Nguema. La restauration de la fierté nationale peine à convaincre lorsque les entreprises gabonaises demeurent à l'écart des grands marchés et que le contribuable ignore les conditions auxquelles son pays s'engage.
Le drapeau accompagne les signatures ; il ne dispense pas d'en lire les clauses. Cette mise en garde résonne avec force dans un pays où les promesses de refondation démocratique se succèdent sans que les pratiques de passation des marchés ne changent véritablement.
Des demandes précises adressées au pouvoir
Les accusations appellent des réponses documentées des autorités et du groupe concerné. L'ancien sénateur formule des demandes concrètes : publication des contrats, clarification des garanties publiques, contrôle du Parlement et de la Cour des comptes.
Ces exigences permettraient de confronter la critique aux pièces et de trancher le débat sur le terrain des faits plutôt que celui des slogans. Elles rejoignent une revendication ancienne des forces souverainistes : la transparence comme condition de la dignité nationale.
Une pieuvre ne s'installe jamais seule dans un aquarium. Il faut que quelqu'un, en haut, ait soulevé le couvercle.
Cette dernière image donne au réquisitoire toute sa portée. La responsabilité ultime revient à ceux qui disposent du pouvoir de signer, non à ceux qui proposent.
Questions fréquentes
Qui est Michel Ongoundou Loundah ?
Il est un ancien sénateur de la Transition et le président du parti REAGIR. Il est l'auteur de la tribune publiée le 2 novembre 2026.
Qu'est-ce que le groupe Ebomaf ?
Ebomaf est un groupe de BTP dirigé par l'homme d'affaires Mahamadou Bonkoungou, actif au Gabon dans les routes, le transport aérien, la pêche et les infrastructures.
Que reproche la tribune au pouvoir gabonais ?
Elle reproche aux autorités leur docilité face à la concentration des marchés, l'usage systématique du gré à gré et l'opacité des contrats engageant l'État.
