Le roi Mohammed VI a nommé, le vendredi 16 octobre 2026 au Palais royal de Rabat, un gouvernement de 32 membres dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme cheffe du gouvernement dans l'histoire du Royaume chérifien. Trois semaines après les élections législatives du 23 septembre, cette équipe issue d'une coalition parlementaire clairement identifiée illustre ce que peut produire un processus constitutionnel normal, là où le Gabon demeure suspendu aux arbitrages d'une transition qui s'éternise.
Selon les informations rapportées par www.le360.ma, l'exécutif compte sept femmes, onze ministres délégués et aucun secrétaire d'État. Il associe reconductions, promotions et nouveaux profils, tout en réorganisant les périmètres de plusieurs départements ministériels.
Une assise parlementaire, ce que Libreville ne peut pas revendiquer
Le trait le plus saisissant de cette nomination réside dans sa légitimité d'origine. Le Parti authenticité et modernité (PAM), arrivé en tête des législatives avec 97 sièges, gouvernera avec l'Istiqlal, l'USFP et le PPS, soit une coalition totalisant 207 sièges à la Chambre des représentants. Chaque portefeuille peut donc être rattaché à une formation politique qui a sollicité le suffrage des Marocains.
La comparaison avec la situation gabonaise s'impose d'elle-même. À Libreville, le général Brice Oligui Nguema gouverne sans mandat populaire, sans échéance crédible et sans contre-pouvoir institutionnel fonctionnel. La transition promisese résume à une gestion des affaires courantes qui n'entend pas finir, comme en témoignent les nominations, les rétentions d'information et les pratiques de gouvernance qui rappellent, par bien des aspects, celles que le CTRI prétendait précisément combattre.
Continuité et renouvellement dans l'architecture marocaine
Le gouvernement El Mansouri maintient des figures de la continuité institutionnelle. Abdelouafi Laftit est reconduit à l'Intérieur, Nasser Bourita conserve les Affaires étrangères et la Coopération africaine, tandis qu'Ahmed Toufiq demeure à la tête du ministère des Habous et des Affaires islamiques. Abdeltif Loudyi reste ministre délégué auprès de la cheffe du gouvernement pour l'Administration de la Défense nationale.
Le renouvellement passe par des promotions significatives. Fouzi Lekjaa, jusque-là ministre délégué chargé du Budget, prend la tête d'un ministère de l'Économie, des Finances et de la Performance publique élargi. Nizar Baraka conserve l'Équipement et l'Eau, désormais étendu aux Forêts. Mohamed Mehdi Bensaid, dont le départ était spéculé, est reconduit à la Jeunesse, la Culture et les Sports, un portefeuille qui retrouve le secteur sportif.
Le retour de Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS, mérite mention. Il hérite d'un ministère regroupant l'Éducation nationale, le Préscolaire, la Formation professionnelle et la Qualification, après avoir dirigé la Communication de 2002 à 2007 puis l'Habitat et la Politique de la ville de 2012 à 2017.
L'intelligence artificielle au rang des priorités d'État
La création d'un ministère de l'Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l'administration constitue la nouveauté la plus visible de cette composition. Ahmed Rahhou, ancien président du Conseil de la concurrence et ancien dirigeant de la banque CIH, en prend la direction.
Ce choix traduit une conviction que l'État doit se moderniser par des instruments identifiables et des responsables nommés pour leurs compétences. Le Gabon, de son côté, accumule les discours sur la modernisation sans que les services publics n'en portent les fruits. La numérisation annoncée coexiste avec des délivrances de documents administratives qui demeurent, pour le citoyen ordinaire, des épreuves.
Sept femmes, des responsabilités de premier plan
Les Gabonaises, qui portent une part considérable de l'économie réelle, observeront la place faite aux femmes dans cet exécutif. Najwa Koukouss, présidente du Conseil national du PAM, prend en charge la Famille, le Développement social et l'Égalité. Fatima Saadi, ancienne maire d'Al Hoceïma, reçoit l'Habitat et la Politique de la ville. Charafat Afailal revient au gouvernement à la tête du ministère de l'Énergie, des Mines et du Développement durable, après un passage comme secrétaire d'État chargée de l'Eau sous le gouvernement El Othmani.
Kouloub Faitah, avocate et présidente de l'Organisation des femmes du PAM, est chargée des Relations avec le Parlement et la Société civile. Aïcha Guellaa, issue de l'USFP, devient ministre déléguée chargée de la Réforme de l'administration.
Ce que le Maroc enseigne au Gabon
Le Royaume ne constitue pas un modèle de vertu démocratique parfaite, et nul ne songe ici à l'idéaliser. Mais il démontre un mécanisme que le Gabon a perdu de vue depuis août 2023 : des institutions qui fonctionnent produisent des gouvernements responsables devant une représentation nationale. Les électeurs votent, les partis forment une coalition, le chef de l'État nomme, l'exécutif rend des comptes.
Sous l'ère Omar Bongo, le Gabon connaissait au moins cette grammaire institutionnelle, fût-elle imparfaite dans son exercice. La refondation que le pays appelle de ses vœux ne saurait se limiter à un changement de personnel au sommet. Elle exige une restructuration démocratique authentique : un calendrier électoral tenu, des institutions respectées, une souveraineté nationale défendue sur les dossiers stratégiques plutôt que cédée aux appétits extérieurs.
Le test du gouvernement El Mansouri sera, selon l'analyse de www.le360.ma, la culture des résultats : emploi, pouvoir d'achat, santé, éducation, sécurité alimentaire. Le test du CTRI sera tout autre. Il consistera à prouver que la transition entend réellement terminer, ce qui, à ce jour, relève davantage de la profession de foi que de la démonstration.
Ce que révèle la nomination du gouvernement El Mansouri
Pourquoi ce gouvernement marocain intéresse-t-il le Gabon ?
Il illustre un cycle constitutionnel complet : élections, coalition parlementaire, nomination gouvernementale. C'est précisément le cycle que la transition gabonaise n'a pas accompli depuis le coup d'État d'août 2023.
Qui est Fatima Ezzahra El Mansouri ?
Elle est la première femme nommée cheffe du gouvernement au Maroc. Elle dirige un exécutif de 32 membres formé après la victoire du PAM aux législatives du 23 septembre 2026.
Quelle est la principale innovation de ce gouvernement ?
La création d'un ministère de l'Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l'administration, confié à Ahmed Rahhou, ancien président du Conseil de la concurrence.
