Le chef de l'État gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu le 30 octobre au palais présidentiel une délégation du Parti démocratique gabonais conduite par Blaise Louembé, à quelques semaines du 13e congrès ordinaire prévu du 27 au 29 novembre. Sans statuer explicitement sur la querelle de leadership qui traverse l'ex-parti au pouvoir, ce geste dépasse le protocole et désigne, de fait, l'interlocuteur retenu par la présidence.
Selon Gabonreview.com, qui a rapporté l'audience, le chef de l'État a salué la discipline et l'esprit de responsabilité de la formation politique et marqué sa disponibilité à accompagner le congrès préparé par l'équipe de Blaise Louembé. Le camp d'Ali Bongo Ondimba, qui revendique toujours la présidence du parti, devra prendre son mal en patience.
Une bataille de légitimité au cœur du parti
Le PDG s'est massivement déplacé au palais présidentiel. La délégation conduite par Blaise Louembé, président du parti depuis janvier 2025, est venue exprimer sa reconnaissance au chef de l'État et confirmer son soutien à sa vision. Cette audience intervient pourtant dans une formation traversée par une fracture profonde.
Ali Bongo Ondimba, renversé par le coup d'État du 30 août 2023, conteste la démarche de la direction actuelle. Il a appelé à un congrès inclusif et revendique le positionnement du PDG dans l'opposition. L'ancien président dit ne pas reconnaître la direction actuelle du parti, rappelle RFI, alors que Blaise Louembé est allé solliciter l'appui du chef de l'État pour organiser fin novembre le congrès qui affermira son autorité.
Dans le sillage de l'ancien chef de l'État, Ali Akbar Onanga Y'Obegue, secrétaire général revendiqué par le camp d'Ali Bongo, a dénoncé un calendrier fixé unilatéralement. Il a appelé les militants à ne pas cautionner des assises organisées sans dialogue préalable entre les deux camps. Selon Gabonactu, il conteste également la légitimité de la délégation reçue par Oligui Nguema.
Un rapprochement qui n'est pas une investiture
« Cette rencontre nous donne la possibilité de saluer avec force votre politique d'inclusivité », a déclaré Blaise Louembé au chef de l'État. Le président du PDG a rappelé qu'au lendemain du 30 août 2023, l'opinion, notamment lors du Dialogue national inclusif, réclamait la suspension ou la dissolution du parti. Il a remercié Oligui Nguema d'avoir permis « de tempérer les ardeurs et de privilégier le rassemblement de toutes les forces vives de la Nation ».
« Depuis la transition, depuis la libération, nous avons toujours soutenu le président de la République, chef de l'État, et là nous allons confirmer notre positionnement à ce soutien », a-t-il ajouté.
Le chef de l'État ne s'est pas prononcé sur la querelle de leadership. Mais recevoir la délégation de Blaise Louembé, valoriser son attitude et évoquer l'accompagnement du congrès préparé par son équipe constituent un signal de poids dans le rapport de force interne. Ce rapprochement ne constitue ni une investiture formelle ni une porte fermée à une évolution. Sauf revirement, le rendez-vous de novembre devrait se tenir avec un appui présidentiel marqué.
L'invocation d'Omar Bongo, un geste calculé
Le chef de l'État a réactivé, à cette occasion, la référence à Omar Bongo, présenté comme un artisan du dialogue et de la paix. L'invocation répond à la volonté du PDG de sortir de la stigmatisation consécutive au renversement d'Ali Bongo. Elle n'en demeure pas moins révélatrice d'une méthode : la transition, qui se prétendait refondatrice, emprunte aujourd'hui les chemins les plus classiques de la politique gabonaise, à savoir la captation des appareils partisans et la distribution des faveurs présidentielles.
On avait pourtant oublié, sans doute à dessein, que le PDG avait été chassé du pouvoir par le coup d'État du même Oligui Nguema, deux ans plus tôt. Ce choix avait suscité des interrogations, note RFI. Les nouvelles pratiques n'ont rien à envier aux anciennes : le parti qui a dominé le pays pendant plus d'un demi-siècle est aujourd'hui courtisé par celui qui l'a renversé, et réciproquement.
Une souveraineté partisane mise à mal
Pour l'observateur attaché à la souveraineté nationale et à une restructuration démocratique véritable, cette séquence interroge. Le congrès de novembre se prépare sans dialogue préalable entre les camps, sur un calendrier imposé, avec la bénédiction tacite du palais. L'arbitrage des délégués, brandi par la direction de Blaise Louembé pour légitimer sa démarche, pèsera d'un poids singulier dans un contexte où l'appui présidentiel a déjà dessiné l'issue.
Le PDG et le chef de l'État ont renoué le fil. Reste à savoir ce que le pays gagnera à voir les mêmes logiques de prédation institutionnelle se reproduire sous des habits neufs. La refondation promise par la transition se réduit, une fois de plus, à la redistribution des cartes entre les mêmes acteurs.
Questions fréquentes
Quand se tiendra le 13e congrès du PDG ?
Le 13e congrès ordinaire du Parti démocratique gabonais est prévu du 27 au 29 novembre 2026.
Qui a été reçu par Oligui Nguema le 30 octobre ?
Le chef de l'État a reçu une délégation du PDG conduite par Blaise Louembé, président du parti depuis janvier 2025, venue confirmer son soutien à sa vision.
Que revendique Ali Bongo Ondimba ?
L'ancien président revendique toujours la présidence du PDG, conteste le congrès préparé par la direction actuelle et souhaite le positionnement du parti dans l'opposition.
