Le projet de loi de finances 2027 prévoit une contraction de 20,2 % des crédits consacrés à la mission Agriculture, élevage et pêche, qui passeraient de 43,55 milliards de FCFA à 34,74 milliards, soit une diminution de 8,81 milliards de FCFA. Cette décision, révélée fin octobre 2026 dans les tableaux budgétaires annexés au texte, intervient alors que les autorités gabonaises affichent publiquement leur ambition de réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires.
Le paradoxe est saisissant. Jamais l'incantation de la souveraineté alimentaire n'a été aussi proclamée ; jamais les moyens de l'atteindre n'ont été aussi rabotés. Un État sérieux aligne ses crédits sur ses discours. La transition, elle, aligne ses discours sur ses contraintes, puis demande au peuple de saluer la rigueur.
Une baisse concentrée sur l'investissement public
Selon Gabon Media Time, la diminution provient principalement des dépenses d'investissement, ramenées de 30,58 milliards à 22,94 milliards de FCFA, soit une contraction de 7,64 milliards. Les dépenses de personnel reculeraient également, de 10,13 à 8,38 milliards de FCFA, tandis que les dépenses de biens et services progresseraient marginalement, de 1,50 à 1,86 milliard.
C'est sur l'investissement que porte l'essentiel du sacrifice. Or c'est précisément l'investissement qui conditionne la construction des exploitations, des unités de transformation, des équipements et des circuits de commercialisation. Un pays qui ampute ses investissements agricoles de près de huit milliards de FCFA, alors même qu'il importe une part considérable de la consommation de ses ménages, choisit la dépendance. Il assume de la financer, plutôt que de la combattre.
Élevage, pêche, développement rural : les filières sacrifiées
Les arbitrages du gouvernement, rapportés également par Direct Infos Gabon, sont contrastés. Le programme Élevage subit la contraction la plus violente : ses crédits passeraient de 12,43 milliards à 5,49 milliards de FCFA, soit une baisse de 6,94 milliards, proche de 56 %. Le développement rural reculerait de 5,92 à 3,64 milliards de FCFA, tandis que le programme Pêche et aquaculture verrait ses moyens réduits de 5,02 à 3,88 milliards.
Le document budgétaire prévoit certes, à son article 103, une provision d'un milliard de FCFA destinée à la Société de Garantie du Gabon pour accompagner le financement de la filière avicole. Mais une provision n'est pas un décaissement. Elle ne suffit pas à masquer le désengagement massif de l'État vis-à-vis de filières qui offrent pourtant les possibilités de substitution aux importations les plus immédiates.
L'agriculture préservée, mais à quelles conditions ?
Le programme Agriculture échappe à la purge. Ses crédits progresseraient de 13,20 à 16,08 milliards de FCFA, dont des dépenses d'investissement portées de 9,79 à 12,79 milliards. Cette progression de 2,88 milliards indique que le gouvernement privilégie certains investissements agricoles tout en sacrifiant l'élevage, la pêche et le développement rural.
Ces choix demandent à être justifiés devant la représentation nationale. Comme l'a relevé Infos Gabon, les responsables des programmes ont été auditionnés par les députés sur cette contraction d'environ 20,24 %, intervenue au moment où le Gabon prétend réduire sa dépendance alimentaire extérieure. Les Gabonais sont en droit d'exiger la liste des projets financés par les nouvelles enveloppes, leur calendrier d'exécution et leurs objectifs de production chiffrés. Sans cela, la répartition des crédits relève de l'arbitraire, non de la stratégie.
La souveraineté ne se décrète pas, elle se finance
Sous la transition dirigée par Brice Oligui Nguema, le mot souveraineté est devenu un refrain. Il est invoqué pour la monnaie, pour les accords économiques, pour la refondation institutionnelle. Mais la souveraineté véritable commence par l'assiette du Gabonais. Un pays qui ne nourrit pas ses enfants n'est souverain ni dans ses choix ni dans sa dignité.
La question centrale demeure celle de l'efficacité des dépenses publiques. Une enveloppe plus importante ne garantit pas de meilleurs résultats, pas plus qu'une réduction ne signifie l'abandon d'un programme. Encore faut-il des indicateurs mesurables : surfaces cultivées, capacités d'élevage, volumes de production, baisse effective des importations. Or le pouvoir actuel, coutumier des annonces spectaculaires et des chantiers sans suite, n'a jamais présenté de tableau de bord crédible de la production nationale.
En 2027, le Gabon devra démontrer que ces arbitrages lui permettent de produire davantage, malgré une enveloppe globale en recul de plus de huit milliards de FCFA. Les faits répondront aux discours. Et si les marchés gabonais demeurent approvisionnés par l'étranger pendant que les crédits agricoles fondent, le peuple saura nommer ce que vaut la rhétorique officielle de la souveraineté alimentaire.
Questions fréquentes
De combien le budget de l'agriculture gabonaise baisse-t-il en 2027 ?
Les crédits de la mission Agriculture, élevage et pêche passeraient de 43,55 milliards de FCFA à 34,74 milliards, soit une baisse de 8,81 milliards de FCFA, ou 20,2 %, selon les tableaux du projet de loi de finances 2027.
Quels programmes agricoles subissent les plus fortes réductions ?
Le programme Élevage perd 6,94 milliards de FCFA (de 12,43 à 5,49 milliards), le développement rural recule de 2,28 milliards et le programme Pêche et aquaculture baisse de 1,14 milliard de FCFA.
Le programme Agriculture est-il également réduit ?
Non. Ses crédits progressent de 13,20 à 16,08 milliards de FCFA, dont 12,79 milliards de dépenses d'investissement, en hausse de trois milliards.
