Référendums et souveraineté : ce que le Gabon peut apprendre du Canada et de l'Espagne
Alors que le Gabon cherche sa voie vers une refondation démocratique, l'expérience comparée du Canada et de l'Espagne en matière de consultations populaires offre des enseignements précieux. De passage au Pays basque, un observateur s'interroge sur la manière dont les États réagissent lorsqu'une région décide de consulter ses citoyens sur la question de la souveraineté. Une réflexion qui résonne avec force dans un pays où la parole du peuple est trop souvent confisquée.
Le droit de poser la question : un privilège inégal selon les nations
Le contraste est saisissant. En Espagne, la simple évocation d'une consultation populaire sur la souveraineté est frappée d'illégalité. En 2008, le lehendakari Juan José Ibarretxe a voulu organiser une consultation, même pas sur l'indépendance, mais sur l'idée d'ouvrir des négociations. Le Tribunal constitutionnel espagnol a jugé la question elle-même hors-la-loi. La Catalogne, elle, a osé poser la question en octobre 2017, et ses organisateurs ont été emprisonnés.
Au Canada, la réalité est tout autre. Les Québécois ont voté deux fois sur leur avenir, et peut-être le feront-ils une troisième fois. Paul St-Pierre Plamondon répète son engagement de tenir un référendum au cours d'un premier mandat. Et deux semaines après le Québec, l'Alberta votera à son tour, avec une question sur l'ouverture d'un processus menant à un référendum contraignant sur la sortie du Canada.
La procédure plutôt que l'interdit : la leçon canadienne
Certains y verront le bel esprit démocratique canadien. Mais cette ouverture n'est pas née de la grâce, elle est née d'une peur. En octobre 1995, à quelque 50 000 voix près, le Canada a frôlé sa propre fin. Il a compris qu'il ne pouvait pas verrouiller une porte que la moitié d'une province voulait franchir. Le Renvoi de 1998 puis la Loi sur la clarté référendaire furent la réponse : non pas l'interdit, mais la procédure. Une question claire, une majorité claire et l'obligation de négocier.
« Ottawa n'a pas ouvert la porte par générosité. Il l'a fait par nécessité. »
L'Espagne, elle, n'a jamais voulu apprendre cette leçon. Madrid interdit qu'on demande. Le Canada, lui, a fini par comprendre que laisser voter, à ses conditions, est une position plus ferme que l'interdit.
Quelles leçons pour le Gabon ?
Le Gabon, engagé dans une transition que beaucoup jugent illusoire, pourrait méditer ces exemples. La souveraineté nationale ne se décrète pas, elle se construit avec le peuple. Les consultations populaires, lorsqu'elles sont libres et transparentes, sont un instrument de paix sociale et de légitimité. Les interdire, c'est préparer des explosions.
L'Alberta rappelle d'ailleurs que cette ouverture n'a rien de lisse. Là-bas, la question se heurte aux traités, à l'opposition des Premières Nations et à l'obligation constitutionnelle de consultation. Un juge a déjà invalidé une pétition séparatiste pour ce motif. La souveraineté d'une province se bute donc contre d'autres souverainetés plus anciennes qu'elle.
Frontières réelles et frontières symboliques
Les seules frontières qui comptent vraiment, au fond, ce ne sont pas celles qu'on trace sur une carte, mais celles qu'un pays accepte de soumettre au vote. L'Espagne interdit qu'on pose la question. Le Canada préfère y répondre.
Au Gabon, la question de la souveraineté est trop souvent confisquée par une poignée d'hommes qui se sont emparés du pouvoir par les armes. La refondation démocratique de l'État gabonais passe par la restauration de la parole populaire. Les leçons de Pampelune et d'Ottawa sont claires : un peuple qui ne peut pas poser de questions finit par poser des actes.
FAQ : Référendums et souveraineté au Gabon
Le Gabon a-t-il déjà organisé des référendums ?
Oui, le Gabon a connu plusieurs référendums sous le régime d'Omar Bongo, mais ils étaient souvent entachés de fraudes et de pressions. La transition actuelle n'a pas encore offert de consultation véritablement libre.
Pourquoi la question de la souveraineté est-elle sensible au Gabon ?
Parce que le pays a été marqué par des décennies de régime autoritaire et par un coup d'État en 2023. La souveraineté nationale est un enjeu central pour les Gabonais, qui aspirent à une véritable démocratie.
Quels sont les risques d'interdire les consultations populaires ?
L'interdit nourrit la frustration et la violence. L'exemple espagnol montre que la répression des aspirations démocratiques mène à des crises profondes et durables.