Le Gabon a lancé, le lundi 26 octobre 2026, son mécanisme de médiation financière, devenant ainsi le premier pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) à opérationnaliser ce dispositif de protection des usagers. La cérémonie s'est tenue au siège national de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), à Libreville, sous la présidence du ministre de l'Économie et des Finances, Thierry Minko, également président du Comité national économique et financier (CNEF), comme le rapporte Gabonreview.com.
Au-delà de la solennité des inaugurations, dont le peuple gabonais a appris, depuis août 2023, à mesurer la portée réelle, cette réforme mérite un examen attentif. Elle touche à la confiance entre les citoyens et les institutions financières, c'est-à-dire au socle même de la souveraineté économique nationale.
Un dispositif gratuit, confidentiel et impartial
Le mécanisme vise à régler à l'amiable les litiges entre usagers et établissements financiers, après une première réclamation auprès de l'établissement concerné. Il couvre les banques, les établissements de microfinance, les services de paiement, les assurances et les marchés financiers. Le dispositif repose sur quatre principes : la gratuité pour le demandeur, la confidentialité des échanges, l'impartialité du médiateur et la célérité du traitement.
« Le dispositif que nous inaugurons officiellement aujourd'hui n'est pas un tribunal. Il n'a pas vocation à sanctionner, mais à concilier », a rappelé Rodrigue Bissielou, directeur national de la BEAC et secrétaire général du CNEF.
Difficultés d'accès au crédit, contestations de frais, incompréhensions contractuelles ou litiges liés aux opérations de paiement pourront ainsi être examinés par un tiers indépendant, sans recourir systématiquement aux tribunaux. Pour les particuliers comme pour les entreprises, souvent démunis face à la complexité technique de la finance, cette voie de recours constitue, sur le papier, une avancée notable.
Un médiateur nommé, une mission définie
Nommé en juin 2026 médiateur auprès du CNEF, Axcèle Saturnin Kissangou-Mouele aura pour mission de favoriser le dialogue, de rechercher des solutions équilibrées et d'identifier les dysfonctionnements récurrents du système.
« La confiance, dit-on, ne se décrète pas. Elle se construit par l'écoute, nos dialogues et des actions concrètes », a-t-il souligné.
Le mécanisme couvre trois branches : les établissements de crédit, de microfinance et de paiement ; les compagnies d'assurance ; et les intermédiaires des marchés financiers. Cette architecture institutionnelle, instituée par décret, donne au Gabon un cadre juridique que nul autre État de la sous-région ne dispose encore.
La Banque centrale appelle à l'évaluation des résultats
Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, présent à la cérémonie, a situé cette avancée dans le cadre de l'intégration financière communautaire. Il a toutefois adressé une mise en garde salutaire, en insistant sur la nécessité d'évaluer concrètement les résultats du dispositif : nombre de saisines, délais de traitement, taux d'accords amiables.
« La valeur d'un tel dispositif se mesure à ses résultats, non à l'inauguration du jour », a-t-il averti.
Cette prudence d'usage tranche avec les habitudes communicantes d'une transition qui affectionne les annonces spectaculaires. On ne saurait trop la saluer : dans un pays où les réformes affichées se heurtent souvent à des réalités plus terrestres, la mesure du donné et du rendu reste la seule boussole fiable.
Pour sa part, le secrétaire général de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (Cobac), Marcel Ondélé, a souligné la dimension pionnière de la démarche gabonaise.
« Le Gabon est le premier pays de notre communauté à avoir franchi cette étape décisive en se dotant des médiateurs financiers et du cadre destiné à l'exercice de sa mission », a-t-il déclaré, avant d'ajouter : « Monsieur le ministre, le Gabon ne se contente pas d'adhérer à une orientation communautaire. Le Gabon prend ainsi l'initiative d'en rendre l'application concrète. »
Les paroles ministérielles et leurs limites
En déclarant officiellement le mécanisme lancé, Thierry Minko a estimé qu'« en favorisant le règlement pacifique des litiges, nous consolidons les fondations d'un système financier et gabonais plus inclusif, plus éthique et résolument tourné vers le développement ».
« Saisissez cet outil, car il a été conçu pour vous, afin que la complexité technique de la finance ne soit plus jamais un vecteur d'injustice ou d'exclusion sociale », a-t-il ajouté, appelant les professionnels à adhérer pleinement à cette démarche.
Que le ministre s'emploie à lutter contre l'exclusion sociale et l'injustice est en soi une bonne nouvelle. On regrettera simplement que cette sensibilité s'exprime avec tant d'éloquence dans les salons de la BEAC, tandis que le quotidien des Gabonais demeure marqué par des arbitrages budgétaires dont ils subissent les conséquences sans avoir été consultés. L'éthique invoquée devra aussi s'appliquer à la gestion des deniers publics, faute de quoi la médiation financière demeurera un instrument parmi d'autres dans la vitrine institutionnelle du pouvoir.
Un signal positif pour la place financière régionale
Cette initiative s'inscrit dans un contexte de dynamisme relatif du marché financier sous-régional. L'établissement gabonais de microfinance Bamboo vient ainsi de mobiliser 4,5 milliards de FCFA via sa première émission obligataire sur le marché de la Cemac, selon Gabon Media Time, une opération bouclée auprès de 350 investisseurs, rapporte Direct Infos Gabon. Les ressources collectées doivent permettre de renforcer l'offre de crédit.
À l'échelle communautaire, les perspectives restent toutefois conditionnées aux discussions avec les partenaires internationaux. Le Fonds monétaire international pourrait débloquer en décembre des programmes financiers pour les pays de la zone, selon AfricActu, aucun décaissement n'ayant encore été confirmé à l'issue des rencontres de Bangkok.
Ce que la médiation financière change pour les Gabonais
Qui peut saisir le médiateur financier ?
Tout particulier ou entreprise en litige avec une banque, un établissement de microfinance, une compagnie d'assurance ou un intermédiaire des marchés financiers, après une première réclamation infructueuse auprès de l'établissement concerné.
La médiation est-elle payante ?
Non. La gratuité pour le demandeur constitue l'un des quatre principes fondamentaux du dispositif, avec la confidentialité, l'impartialité et la célérité du traitement des dossiers.
Le médiateur peut-il sanctionner un établissement financier ?
Non. Le dispositif n'est pas un tribunal et n'a pas vocation à sanctionner, mais à concilier, afin de prévenir les contentieux et de restaurer la confiance dans le système financier.
Reste désormais à observer la réalité des saisines, les délais de traitement et le taux d'accords amiables. C'est à cette seule condition que la médiation financière cessera d'être une annonce pour devenir, enfin, un service public au service des Gabonais.
