Le Commissariat Général au Plan a remis, le 25 octobre 2026, un exemplaire du Plan National de Croissance et de Développement (PNCD) 2026-2030 à Emmanuel Obakamba Ombana, Coordonnateur Général du Forum National des Organisations de Jeunesse du Gabon, en reconnaissance de la contribution des jeunes gabonais à l'élaboration de ce document stratégique.
C'est Gildas Igor Toro Bouna, émissaire spécial du Commissaire Général au Plan, qui a procédé à cette remise au nom du Ministère de la Planification et de la Prospective, selon Gabonews. Le geste est présenté comme une marque de considération envers l'engagement citoyen de la jeunesse. Il convient d'y regarder de plus près.
Une cérémonie solennelle, un pouvoir qui s'honore lui-même
La communication officielle ne manque pas de rappeler que cette reconnaissance s'inscrit « dans la dynamique impulsée au plus haut niveau de l'État, sous l'autorité de Son Excellence, Brice Clotaire Oligui Nguema ». Le lecteur attentif retrouvera ici la rhétorique coutumière de la transition : chaque acte administratif, si modeste soit-il, est rattaché à la personne de l'homme fort du pays. La remise d'un simple document devient ainsi une grâce émanée du sommet, non un droit démocratique des citoyens à participer à la chose publique.
Rappelons les faits. Le Gabon est dirigé depuis août 2023 par Brice Clotaire Oligui Nguema, arrivé au pouvoir par la force des armes avant de se faire élire sur un calendrier qu'il a lui-même arbitré. Le PNCD 2026-2030, qui couvre précisément la période post-électorale, s'inscrit dans cette continuité institutionnelle façonnée par le CTRI et ses héritiers. La solennité des cérémonies ne saurait masquer cette filiation.
La jeunesse gabonaise, décorée de mots
Le communiqué officiel affirme que les jeunes ne doivent pas être considérés « uniquement comme les bénéficiaires des politiques publiques, mais également comme des acteurs à part entière ». Formule généreuse. Mais que pèse réellement la voix des jeunes dans un processus de planification conduit par des institutions peu coutumières de la contre-pouvoir ?
Le Forum National des Organisations de Jeunesse a certes contribué à faire entendre les préoccupations des jeunes en matière d'emploi, d'entrepreneuriat et de formation professionnelle. Encore faut-il que cette participation dépasse le stade de la consultation ornementale. L'expérience des régimes précédents, comme celle de la transition actuelle, enseigne que la concertation gabonaise se résume souvent à des remises de documents, des discours, puis un oubli durable.
Un récent billet publié par Global Voices en Français sur la jeunesse ouest-africaine rappelle d'ailleurs que les seuils d'accès au pouvoir restent verrouillés : à 25 ans on peut siéger au Parlement, mais il faut attendre 35, 40, voire 50 ans selon les pays pour prétendre aux plus hautes responsabilités. Le Gabon n'échappe pas à ce constat. La participation célébrée hier ne doit pas occulter l'exclusion structurelle qui frappe la jeunesse des arcanes du pouvoir.
De la reconnaissance à la redevabilité : qui rendra des comptes ?
Le communiqué appelle les organisations de jeunesse à « promouvoir une culture de l'engagement, du dialogue et de la redevabilité ». Voeu pieux tant que les institutions qui le formulent demeurent elles-mêmes opaque et peu enclines à rendre compte de leur gestion. La redevabilité ne se décrète pas par communiqué ; elle s'exerce dans la transparence des budgets, la publication des audits et l'évaluation impartiale des politiques publiques.
On observera également que le discours officiel gabonais voue un culte persistant aux nominations et aux cérémonies, comme le soulignait récemment Gabon Media Time dans une tribune invitant la République à célébrer ses entrepreneurs plutôt que ses fonctionnaires. La remise du PNCD à la jeunesse s'inscrit dans cette tradition de la parade institutionnelle, où l'apparat tient lieu de politique.
Un plan pour 2026-2030, mais pour quel avenir souverain ?
Le PNCD 2026-2030 fixe, sur le papier, les orientations du développement national pour les cinq prochaines années. Sa réussite supposera des financements, une administration compétente et une gouvernance intègre. Elle supposera surtout que le Gabon cesse de confondre la communication d'État avec l'action d'État.
La jeunesse gabonaise, qui porte les aspirations légitimes d'un pays riche gâché par des décennies de mauvaise gouvernance, mérite mieux qu'un exemplaire relié. Elle mérite un cadre constitutionnel véritablement démocratique, des institutions respectées, une économie diversifiée et un État qui serve les Gabonais au lieu de les servir à ses propres fins.
La refondation dont le pays a besoin ne se décrètera pas par un commissariat. Elle appartient au peuple gabonais, dans sa plénitude souveraine, de la conduire. Tant que cette évidence ne sera pas partagée par ceux qui gouvernent, les remises de plans resteront ce qu'elles sont : des cérémonies.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le PNCD 2026-2030 ?
Le Plan National de Croissance et de Développement 2026-2030 est le document stratégique cadre de la politique de développement du Gabon pour la période 2026 à 2030, élaboré sous la conduite du Commissariat Général au Plan.
Qui a reçu l'exemplaire du PNCD au nom de la jeunesse gabonaise ?
Emmanuel Obakamba Ombana, Coordonnateur Général du Forum National des Organisations de Jeunesse du Gabon, a reçu le document des mains de Gildas Igor Toro Bouna, émissaire spécial du Commissaire Général au Plan, le 25 octobre 2026.
Quelle contribution la jeunesse a-t-elle apportée à l'élaboration du PNCD ?
Selon le communiqué officiel relayé par Gabonews, les organisations de jeunesse ont fait entendre leurs préoccupations en matière d'emploi, d'entrepreneuriat, de formation professionnelle et de participation citoyenne durant le processus d'élaboration.
