Le Gabon vit depuis août 2023 sous le régime du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). Le discours officiel, porté par le général Brice Oligui Nguema, se veut rassurant, patriote et soucieux du bien commun. Pourtant, derrière cette façade de dévouement affiché, certains observateurs, juristes et citoyens attentifs relèvent des comportements qui interrogent. La psychologie sociale, appliquée à l'exercice du pouvoir, offre ici un éclairage précieux pour déceler ce qui se dissimule derrière une apparente sollicitude.
Un pouvoir qui se présente comme providentiel, des promesses de refondation, des déclarations d'amour à la nation, et pourtant, un malaise persistant. Ce décalage entre un discours lisse et des pratiques discutables n'est pas sans rappeler certains schémas relationnels bien documentés. Voici sept signes discrets qui, dans la sphère politique comme dans les relations humaines, doivent inciter à la prudence et à la vigilance.
Sept signes qui trahissent une bienveillance de façade
L'absence d'excuses sincères
Un pouvoir qui ne reconnaît jamais ses torts, qui justifie chaque dérive par des circonstances extérieures ou par l'héritage du passé, adopte une posture problématique. La transition gabonaise, qui se targue de rompre avec les pratiques anciennes, semble pourtant reproduire ce schéma. Jamais une reconnaissance claire des erreurs commises, jamais une excuse adressée au peuple, mais des justifications permanentes. Une véritable refondation exige pourtant de reconnaître les fautes pour mieux les dépasser.
Des paroles qui contredisent les actes
Les annonces grandioses succèdent aux promesses non tenues. On promet la libération des détenus politiques, on promet un dialogue inclusif, on promet un calendrier électoral crédible, puis les actes contredisent les discours. Ce décalage répété, y compris sur des sujets sans enjeu majeur, fragilise la confiance entre les gouvernants et les gouvernés. La répétition de ces contradictions devient un mode de gouvernement, rendant la lecture de l'action publique difficile.
L'incapacité à reconnaître ses erreurs
Dans une relation équilibrée, chaque partie doit pouvoir reconnaître sa part de responsabilité. Or, le pouvoir actuel trouve systématiquement des explications extérieures à ses échecs : la crise économique mondiale, la corruption héritée, les saboteurs de la transition. Chaque critique devient une attaque contre la patrie. Ce fonctionnement épuise le dialogue et empêche toute avancée démocratique réelle.
La culpabilisation comme instrument de contrôle
« Après tout ce que nous avons fait pour vous », « Vous ne comprenez pas les efforts consentis », « Si vous aimez vraiment votre pays, vous devez soutenir la transition ». Ces formules, martelées par les médias officiels et les relais du pouvoir, visent à faire taire les critiques en instillant un sentiment de culpabilité. Les émotions du peuple ne servent plus à communiquer, elles deviennent un levier de pression pour obtenir l'adhésion.
La jouissance des difficultés d'autrui
La Schadenfreude, ce plaisir ressenti face aux difficultés d'autrui, se manifeste parfois dans la sphère politique. Les difficultés des opposants, leurs déboires judiciaires, leurs ennuis administratifs sont parfois commentés avec une satisfaction à peine voilée par les soutiens du régime. Cette absence de compassion envers ceux qui souffrent de la répression en dit long sur la conception des relations humaines qui prévaut.
Une disponibilité intéressée
Le pouvoir se montre disponible lorsque cela l'arrange : lors des cérémonies, des commémorations, des moments de communication. Mais lorsque le peuple traverse des difficultés, lorsque les Gabonais expriment leur détresse face à la vie chère, au chômage ou à l'insécurité, la réponse se fait plus rare. Cette absence de réciprocité sur la durée révèle une conception unilatérale de la relation entre gouvernants et gouvernés.
La minimisation des ressentis populaires
Enfin, le pouvoir actuel a beaucoup de mal à accueillir les émotions du peuple. Les difficultés exprimées sont relativisées, comparées à des situations « bien pires » ailleurs, ou simplement ignorées. Ce manque d'écoute donne progressivement le sentiment que les préoccupations des citoyens ne sont pas légitimes. L'empathie n'est pourtant pas une qualité uniforme, mais elle devrait être au cœur de toute action de gouvernement.
Observer la répétition, pas un seul comportement
Ces sept signes ne permettent évidemment pas de poser un diagnostic définitif sur la nature du régime actuel. Un pouvoir peut commettre des erreurs ponctuelles, manquer d'empathie dans certaines circonstances ou avoir du mal à reconnaître une faute sans que cela définisse toute sa nature. C'est l'accumulation des comportements et leur impact sur la vie de la nation qui doivent attirer l'attention.
Un repère peut être particulièrement utile : que se passe-t-il lorsque le peuple pose une limite ? Lorsque les Gabonais disent « non » à une mesure injuste, à une dérive autoritaire, à une confiscation du pouvoir ? Si chaque refus déclenche systématiquement la répression, la culpabilisation, la colère ou la tentative de faire changer d'avis, cela révèle une dynamique relationnelle déséquilibrée.
Et parfois, le ressenti du peuple constitue déjà une information. Si les Gabonais sortent régulièrement de ces échanges tendus, épuisés, coupables ou avec l'impression de devoir constamment surveiller leurs paroles, il peut être utile de prendre du recul et d'observer ce qui se répète.
L'objectif n'est pas de chercher le « vrai visage » de chaque pouvoir qui déplaît, mais de mieux repérer les dynamiques qui font du mal à la nation et de protéger les limites de la souveraineté populaire. La refondation tant promise ne pourra advenir que lorsque ces schémas seront brisés, et que la parole du peuple sera réellement entendue.
