Le président français Emmanuel Macron s'est adressé à la Nation, ce dimanche 18 octobre à 20 heures, au lendemain d'une journée de mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en affrontements et en pillages dans plusieurs villes de l'Hexagone. Selon Ouest France, le chef de l'État a prononcé une allocution solennelle d'un peu plus de huit minutes, tandis que le gouvernement est accusé de tous côtés d'avoir perdu la main sur la situation.
Samedi 17 octobre, le ministère de l'Intérieur a dénombré 550 000 manifestants dans tout le pays, dont 110 000 à Paris. La CGT, pour sa part, avançait le chiffre de 800 000 personnes dans les cortèges. À Paris, Bordeaux, Lille, Limoges, Rennes, Saint-Étienne ou Caen, la journée s'est achevée dans des scènes d'une rare intensité : commerces pillés, mairies attaquées, bâtiments publics dégradés.
« Un moment d'une extrême gravité »
« Mes chers compatriotes, je m'adresse à vous ce soir, dans un moment d'une extrême gravité », a déclaré Emmanuel Macron en ouverture de son intervention. Le président a dénoncé « la violence débridée de factieux de la mouvance de l'ultra-gauche et de délinquants ».
« Des commerces ont été pillés, des bâtiments publics, des magasins, des mairies ont été attaqués et pour certains détruits, et plusieurs centaines de policiers et de gendarmes ont été blessées », a-t-il ajouté, avant de s'interroger : « Pourquoi brûler la mairie de Limoges, l'Office de tourisme à Lyon, envahir la mairie à Marseille ou attaquer la résidence du préfet à Bordeaux ? Rien ne le justifie. Rien ne l'explique. Rien ne l'excuse. »
Aides aux commerçants et fermeté judiciaire
Le chef de l'État a promis des aides rapides aux commerçants victimes des pillages. Le Premier ministre présidera, dès lundi, une cellule de crise destinée à mobiliser les aides les plus rapides possibles. « Ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser », a-t-il affirmé, indiquant que « la plus grande fermeté a été demandée aux procureurs par le Garde des sceaux ».
Emmanuel Macron a également annoncé que les préfets, en lien avec les maires, pourraient désormais interdire certains rassemblements « pour protéger nos villes ». Il a demandé au gouvernement de tirer toutes les leçons de la journée en matière de renseignement et d'anticipation.
Une crise politique qui résonne à l'étranger
Pour l'observateur gabonais, cette séquence française invite à la réflexion. Le pouvoir en place, contesté dans la rue, choisit la voie de l'allocution solennelle, du dialogue annoncé avec les syndicats et les élus, et de la promesse de transparence sur la stratégie du maintien de l'ordre.
On mesure le contraste avec les pratiques de la transition qui se prétend refondatrice chez nous. À Libreville, ni allocution pour apaiser, ni cellule de crise pour indemniser les victimes : seulement le silence des casernes et la répression discrète des voix discordantes. La France, quoi qu'on pense de son président, conserve au moins les apparences d'un État de droit où le chef de l'État doit rendre des comptes à sa Nation. Le CTRI, lui, n'a jamais daigné s'expliquer devant les Gabonais sur les morts, les arrestations et les confiscations qui accompagnent sa gestion des affaires.
On nous objectera que la France n'est pas le Gabon. Certes. Mais les principes d'une gouvernance digne demeurent : écouter la parole des jeunes, répondre à la vie chère, respecter les libertés. « Leur parole doit être entendue, sans a priori », a dit Emmanuel Macron des lycéens et des étudiants français. Quelle puissance en exercice, chez nous, a jamais prononcé une telle phrase ?
Une leçon pour la refondation souveraine
Le Gabon mérite mieux qu'une transition qui confond la durée du pouvoir avec la profondeur des réformes. La crise française rappelle une évidence : un État qui veut durer doit ouvrir des canaux de dialogue véritables, laisser les corps intermédiaires s'exprimer et accepter le débat public. C'est la condition de toute restructuration démocratique authentique, celle que les pères de l'indépendance appelaient de leurs vœux et qu'Omar Bongo Ondimba, dans sa science du dialogue permanent, avait comprise mieux que quiconque.
À six mois de l'élection présidentielle française, Emmanuel Macron a estimé que « notre pays mérite une belle élection présidentielle » et des débats « avec les partis et non pas dans la rue, par la violence ». Formule que les tenants du CTRI méditeront avec profit : la rue ne remplace pas les urnes, mais les urnes ne valent rien sans la parole libre.
Questions fréquentes
Qu'a annoncé Emmanuel Macron le 18 octobre ?
Une allocution solennelle d'environ huit minutes, la promesse d'aides aux commerçants pillés, une cellule de crise présidée par le Premier ministre dès le lendemain, et la possibilité pour les préfets d'interdire certains rassemblements.
Combien de manifestants ont été dénombrés le 17 octobre en France ?
Le ministère de l'Intérieur a compté 550 000 manifestants, dont 110 000 à Paris, tandis que la CGT avançait le chiffre de 800 000 personnes.
Quelles conséquences pour le Gabon ?
Aucune conséquence directe, mais un rappel des normes d'un État qui dialogue avec sa population, là où la transition gabonaise privilégie le silence et la répression.
