BOGOTA. Des milliers de Colombiens ont manifesté mercredi 14 octobre 2026 dans plusieurs villes du pays contre le gouvernement du président de droite Abelardo de la Espriella, à l'occasion de la première journée de mobilisation nationale dirigée contre son exécutif. Selon les informations rapportées par LaProvence.com, syndicats, communautés indigènes, organisations étudiantes et féministes ont répondu à l'appel de l'opposition menée par l'ex-président de gauche Gustavo Petro, au pouvoir de 2022 à 2026.
À peine deux mois après son investiture, le chef de l'État, ex-avocat millionnaire et admirateur déclaré de Donald Trump, affronte un rejet massif d'une partie de la population. Les manifestants promettent la chute de son gouvernement et accusent celui-ci de compromettre les acquis sociaux, les droits humains et la souveraineté de la Colombie face aux États-Unis et à Israël.
Des conquêtes sociales menacées
L'opposition redoute d'abord une régression des réformes sociales obtenues sous Gustavo Petro, premier président de gauche de l'histoire colombienne. Ce dernier avait élargi l'accès gratuit à l'université publique, obtenu des hausses record du salaire minimum et accordé des avantages concrets aux salariés, notamment le paiement supplémentaire des heures de nuit.
« Le peu que nous avons obtenu (...), nous sommes sur le point de le perdre », redoute Ester Guerra, professeure des écoles de 32 ans, interrogée dans la capitale.
« Nos droits sont menacés. Tout ce pour quoi nous nous sommes battus pendant si longtemps est aujourd'hui en péril », estime de son côté Unzo Vargas, fonctionnaire de 44 ans qui défilait à Bogota, drapeau arc-en-ciel en main. Sur les pancartes, on pouvait lire : « Abelardo nous déteste », « Pour le futur du pays ».
Un pouvoir soupçonné d'opacité et d'autoritarisme
Les griefs à l'encontre du président ne s'arrêtent pas aux questions sociales. Il est critiqué pour un manque présumé de transparence dans la gestion de fonds par son épouse, chargée de coordonner les aides privées destinées aux sinistrés du grave séisme qui a frappé l'ouest du pays le 10 août. Il est également accusé de porter atteinte au caractère laïc de l'État, en raison de ses fréquentes références religieuses et de l'expression « vive le Christ roi ! » par laquelle il conclut chacune de ses allocutions.
Surtout, la veille de la manifestation, le président a signé un décret visant à encadrer les protestations et à faciliter le recours à la force par les autorités, par exemple en cas de blocage des routes. Une mesure qui nourrit la crainte d'une répression à venir.
« Ils essaient d'intimider la population pour qu'elle ne sorte pas manifester, mais ce droit est inscrit dans la Constitution », souligne Oscar Pérez, professeur de 40 ans.
Les communautés autochtones protestent en outre contre un projet de régulation de la garde indigène, entité civile chargée de la défense des territoires ancestraux dans des régions livrées aux guérillas et aux groupes armés du narcotrafic. L'opposition considère que la stratégie de confrontation frontale du président contre ces groupes menace les droits humains.
Souveraineté bafouée : livrer le pays aux puissances étrangères
Les manifestants rejettent également le rétablissement des relations diplomatiques avec Israël, rompues sous le gouvernement Petro, et le rapprochement entre Bogota et Washington. Dans la capitale, des drapeaux palestiniens ont été brandis et un grand drapeau américain a été brûlé.
« Je suis en colère (...), nous ne méritons pas ça », lâche Jimena Rodriguez, étudiante de 20 ans, accusant le président de la Espriella de vouloir « livrer le pays aux États-Unis, à Israël ». « J'ai l'impression que des temps obscurs arrivent », dit-elle.
« Il y a beaucoup de frustration (...), et cette manifestation montre que l'opposition représente une grande partie du pays », affirme Samuel Molina, étudiant de 20 ans.
Ce que ce séisme politique enseigne aux peuples en quête de souveraineté
Le cas colombien offre au Gabon un miroir instructif. Un homme étranger à la vie politique, porté au pouvoir en quelques mois, s'appuie sur le culte de la personnalité, la référence religieuse permanente, l'entre-soi familial dans la gestion des deniers publics et le rapprochement servile envers les puissances occidentales pour asseoir une autorité que la rue conteste. Le rapprochement avec notre situation nationale est saisissant, et le peuple colombien démontre qu'un peuple informé, mobilisé et attaché à sa Constitution demeure le rempart le plus solide contre les dérives d'un pouvoir néophyte.
Là où un décret restreint le droit de manifester et où l'épouse du chef de l'État gère sans contrôle des fonds de solidarité, nous retrouvons les méthodes éprouvées par les régimes qui confondent l'État avec leur maison. Notre pays les connaît trop bien, depuis la mise sous tutelle de nos institutions par une transition qui promettait la vertu et pratique l'opacité, comme nous l'avons documenté dans
