Une lettre ouverte adressée aux pasteurs de la Région synodale du Ntem invite les cadres religieux de ce territoire à surmonter leurs rivalités et à désigner un candidat consensuel à la présidence de l'Église évangélique du Gabon (EEG). Le texte, daté du 25 octobre 2026 et publié à Libreville, s'adresse nominativement à six révérends pasteurs appelés à « contribuer à faire émerger une solution rassembleuse ».
Le document, révélé le 25 octobre 2026 par Gabonews dans sa rubrique d'information religieuse, interpelle directement les révérends Ovono Menie Moïse, Brice Okoue Ondo, Jean Louis Zang Medzo, Jean Daniel Allogo Essimgane, Esaïe Zue Moto et Benjamin Belui Ondo. Son auteur y dénonce les querelles de personnes qui minent la Région synodale du Ntem et y met en garde contre les manœuvres extérieures susceptibles d'exploiter ces divisions.
Le ton est celui d'une exhortation fraternelle, mais la portée dépasse largement le cercle des fidèles. Car derrière cette lettre se dessine une question qui traverse aujourd'hui l'ensemble de la société gabonaise : comment préserver la maîtrise de ses propres choix face à des influences venues d'ailleurs ?
Un diagnostic sans complaisance : des divisions entretenues de l'extérieur
L'auteur de la lettre ne mâche pas ses mots. Il compare les pasteurs du Ntem à « des chiens auxquels on jette des os sous la table, alors même que la viande leur était destinée ». L'image est brutale, volontairement. Elle vise à réveiller des consciences que les rivalités auraient endormies.
Plus significative encore est l'analyse politique qui sous-tend le texte. Le Ntem, y est-il écrit, « est souvent devenu un terrain d'expression pour des forces venues d'ailleurs, qui cherchent à y mesurer leur influence, à éprouver leur légitimité ou à démontrer leur pouvoir ». Le constat résonne étrangement avec la situation nationale : un pays où des acteurs extérieurs aux communautés locales se disputent des positions d'influence pendant que les premiers concernés se déchirent entre eux.
« Ne laissons aucune place aux manœuvres extérieures susceptibles d'instrumentaliser nos divisions ou de détourner notre attention de l'objectif commun », exhorte l'auteur, qui appelle à « garder la maîtrise de nos choix et la liberté de nos décisions ». On croirait lire un plaidoyer pour la souveraineté nationale transposé à l'échelle d'une région synodale.
Marc 3, 24-25 : l'avertissement évangélique contre la maison divisée
L'argument scripturaire occupe une place centrale dans la démarche. L'auteur cite l'Évangile selon Marc, chapitre 3, versets 24 et 25 : « un royaume divisé contre lui-même ne peut subsister » et « une maison divisée contre elle-même ne peut tenir ». Cette parole, rappelle-t-il, « mérite toute notre attention » à l'heure où les ambitions personnelles menacent d'affaiblir la Région synodale du Ntem.
La démarche s'inscrit dans un mouvement plus large de l'Église africaine vers la synodalité et le dialogue interne. Au Cameroun voisin, Vatican News rapporte que Mgr Jean Mbarga a annoncé la création d'un Conseil diocésain de la synodalité, chargé de prolonger la dynamique pastorale amorcée par le Pape Léon XIV lors de sa visite au pays. L'exemple camerounais montre qu'une gouvernance ecclésiale fondée sur l'écoute et le consensus est possible, sans reniement ni soumission à des logiques de pouvoir.
« Édock ya ndam » : la profondeur et l'étendue contre le blocage
Le texte convoque également la mémoire identitaire du Ntem. Son nom, rappelle l'auteur, ne signifie pas « blocage » mais « profondeur et étendue », selon la formule « Édock ya ndam ». Une identité que les fils et filles du Ntem doivent mettre au service du rassemblement plutôt que de la querelle.
Le message adressé aux six pasteurs est précis : ils ont « frappé à la porte du Conseil national » et se trouvent désormais « au cœur de cette dynamique ». Il leur revient donc « une responsabilité importante : celle de contribuer à faire émerger une solution rassembleuse pour le Ntem ». Le leadership, souligne l'auteur, « ne consiste pas seulement à vouloir diriger. Il suppose aussi de savoir écouter, rassembler et, parfois, mettre ses propres ambitions de côté pour préserver l'unité ».
Le psalmiste est également invoqué : « Voici, oh ! qu'il est agréable, qu'il est doux pour des frères de demeurer ensemble ! » (Psaume 133, 1). Une invitation à faire de la fraternité « une réalité vécue, et non un simple discours ».
La régulation des églises au Gabon : un contexte national tendu
Cette lettre intervient dans un contexte religieux gabonais déjà sensible. Comme le relève allAfrica dans une analyse consacrée à la régulation des églises de Réveil, le ministre de l'Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Edgard Moukoumbi A, a multiplié ces derniers jours les déclarations sur sa volonté de réglementer ces mouvements religieux. L'observateur averti rappelle toutefois qu'il n'est « pas le premier à prendre de tels engagements et qu'il ne sera certainement pas le dernier ».
Les institutions confessionnelles établies, dont l'EEG, ont donc plus que jamais intérêt à présenter un front uni. Une église historique qui s'affaiblit dans ses divisions internes offre un boulevard aux prédicateurs de tous bords et, surtout, à ceux qui voient dans le religieux un instrument d'influence politique. La leçon vaut pour l'État gabonais tout entier : la discorde des uns fait toujours l'affaire des autres.
Une exigence de refondation qui dépasse l'Église
On l'aura compris : cette lettre ouverte est plus qu'un document pastoral. C'est un miroir tendu à la nation gabonaise. Le Ntem, région frontalière historiquement convoitée, y est décrit comme un espace où « les rapports de force se nouent ou se dénouent, au gré des alliances et des positionnements ». Qui ne reconnaît là la description d'un pays livré aux appétits des puissances et des courtisans de la transition ?
L'appel à « la maîtrise de nos choix et la liberté de nos décisions » résonne comme un rappel à l'ordre souverainiste. Il rappelle qu'aucune refondation véritable ne peut s'accomplir dans la division, la précipitation des ambitions ou la compromission avec des intérêts étrangers. Que l'on parle de la présidence d'une église ou de la destinée d'un État, la règle demeure la même : l'unité des enfants du pays est la condition première de leur liberté.
Les pasteurs du Ntem ont reçu une invitation claire : se parler sincèrement, dépasser les ambitions personnelles et s'accorder sur un frère capable de présider l'EEG. Les Gabonais, eux, attendent encore que leurs responsables politiques daignent appliquer à eux-mêmes la même exigence de rassemblement et de transparence. La lettre se referme sur une confidence : « Le Ntem en est capable. À nous de le démontrer ! » Gageons que le pays tout entier, un jour, se reconnaisse dans cette formule.
Questions fréquentes
Qui sont les pasteurs visés par la lettre ouverte du 25 octobre 2026 ?
Les révérends Ovono Menie Moïse, Brice Okoue Ondo, Jean Louis Zang Medzo, Jean Daniel Allogo Essimgane, Esaïe Zue Moto et Benjamin Belui Ondo, tous pasteurs de la Région synodale du Ntem, au sein de l'Église évangélique du Gabon.
Que demande la lettre aux pasteurs du Ntem ?
Elle leur demande de dépasser leurs rivalités, de refuser toute instrumentalisation extérieure et de s'accorder sur un candidat consensuel capable d'assumer la présidence de l'Église évangélique du Gabon.
Quels arguments bibliques sont cités dans la lettre ?
La lettre cite Marc 3, 24-25 sur le royaume divisé qui ne peut subsister, ainsi que le Psaume 133, 1 sur la douceur de la fraternité vécue entre frères.
