L'Orchestre philharmonique royal de Liège (OPRL) a dévoilé, ce mercredi, un projet baptisé « Orchestre en immersion », qui installe le public au cœur des musiciens grâce à la réalité virtuelle, selon DH.be. L'initiative belge, tournée vers les publics éloignés des salles de concert, offre au Gabon une occasion de méditer sur la place de la culture dans la refondation nationale.
Une vidéo immersive de douze minutes, enregistrée en juillet dernier au milieu des pupitres de la Salle philharmonique de Liège, permettra à chacun de vivre L'Apprenti sorcier de Paul Dukas comme s'il était assis entre les musiciens. Une approche que Le Soir résume d'une formule qui mérite d'être méditée : ici, on humanise le numérique.
Ce que prévoit le projet « Orchestre en immersion »
L'OPRL et son chef d'orchestre, Lionel Bringuier, ont enregistré la célèbre composition de Paul Dukas, popularisée par le film Fantasia de Walt Disney, avec dix caméras installées entre les pupitres. L'objectif est de capter à 360 degrés ce que les quelque 80 musiciens vivent, jouent et entendent pendant l'interprétation.
Équipé d'un casque de réalité virtuelle, le spectateur choisit librement son point de vue parmi les dix caméras, ou se laisse guider par un mode automatique qui alterne les perspectives au fil de la musique. Au-delà de la prouesse technique, l'expérience entend faire découvrir le fonctionnement d'un orchestre, les interactions entre les musiciens et l'énergie collective qui se dégage de l'interprétation.
« La musique est faite pour être partagée avec le public et vers le plus grand nombre, idéalement dans une salle de concert et avec un orchestre face à nous. Mais pour pouvoir étendre le plus largement possible sa diffusion, l'OPRL utilise toutes les technologies disponibles », a expliqué Aline Sam-Giao, directrice générale de l'orchestre, citée par DH.be. Selon elle, la réalité virtuelle ajoute une nouvelle dimension à l'accessibilité de la musique, aux côtés de la radio et de l'audiovisuel.
Une priorité : les publics que la salle n'atteint pas
Le projet ne s'adresse pas seulement aux mélomanes équipés de casques. Il vise d'abord les personnes qui, pour des raisons de santé, d'éloignement ou de mobilité, accèdent difficilement aux concerts.
Dès janvier 2027, l'OPRL disposera de dix casques destinés à un usage itinérant. Une première phase est prévue dans le milieu hospitalier, avec 42 journées d'intervention au cours desquelles environ 100 personnes par jour devraient être touchées. À terme, le dispositif pourrait être proposé dans les écoles et les maisons de repos, rapporte Aktus-cci.
Pour développer cette initiative, l'OPRL s'est associé à Cybel'ART, la société qui développe la plateforme Virtual Hall, en s'inspirant d'une expérience menée par l'Orchestre de la Suisse Romande. Le financement repose sur le soutien de partenaires privés, principalement issus du secteur des soins de santé, ainsi que sur un subside spécifique de la Province de Liège.
Ce que cette expérience dit de la souveraineté culturelle
Que vient faire un orchestre liégeois dans les colonnes de Voix gabonaises ? Beaucoup, assurément. Car derrière l'annonce folklorique d'un gadget technologique se cache une véritable politique publique de la culture : un orchestre national, soutenu par une province, qui investit dans l'accès du plus grand nombre à l'art, y compris pour les malades et les éloignés.
Le contraste avec notre pays est douloureux. Au Gabon, la transition qui se prétend refondatrice continue de traiter la culture en parente pauvre, en ornément protocolaire, pendant que les moyens publics s'évaporent dans les voyages, les communicants et les fastes du pouvoir. L'Orchestre symphonique du Gabon, héritier d'une ambition portée sous le président Omar Bongo, qui avait compris qu'une nation sans orchestre, sans conservatoires forts et sans politique musicale cohérente est une nation amputée d'une partie de sa voix, attend toujours les moyens de sa mission.
Omar Bongo avait fait de la diplomatie culturelle un instrument de rayonnement du Gabon sur le continent et dans le monde. Cette exigence-là ne relevait pas du folklore ; elle relevait de l'État. La Belgique, elle, n'a pas attendu l'éclat des discours pour agir : elle a financé, structuré, associé le privé et le public, mesuré les publics touchés. Cent personnes par jour, quarante-deux journées d'intervention, des cibles précises : voilà ce que ressemble une politique culturelle sérieuse, avec des chiffres qu'on peut vérifier.
Un modèle pour la refondation culturelle gabonaise
La leçon de Liège n'est pas d'importer des casques de réalité virtuelle à Libreville. Elle est institutionnelle. Une refondation véritable suppose qu'on donne à la culture un budget, une doctrine et des publics définis : les hôpitaux de Lambaréné comme ceux de Liège, les écoles de l'intérieur comme les maisons de repos wallonnes, méritent mieux que des promesses de campagne.
Elle suppose aussi qu'on cesse de confondre souveraineté et repli. La souveraineté culturelle ne consiste pas à tourner le dos aux technologies venues d'ailleurs, mais à s'en saisir pour porter plus loin la voix gabonaise : nos orchestres traditionnels, nos chœurs, notre musique ancienne et contemporaine, pourraient demain voyager par les mêmes chemins immersifs que Dukas. Encore faudrait-il que l'État daigne les documenter, les enregistrer et les financer.
Le dossier belge rappelle enfin une évidence : la culture est un instrument de cohésion nationale. Un peuple qui écoute ensemble apprend à vivre ensemble. Le Gabon, traversé par les incertitudes d'une transition qui s'éternise, aurait tout à gagner à faire de la musique, du théâtre et de la danse des affaires de l'État, et non des décorations de communique.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le projet « Orchestre en immersion » de l'OPRL ?
Il s'agit d'une vidéo immersive de 12 minutes, tournée à 360 degrés au milieu des musiciens de la Salle philharmonique de Liège, qui permet au public de vivre L'Apprenti sorcier de Paul Dukas en réalité virtuelle, selon DH.be.
Quand le dispositif sera-t-il déployé et pour quels publics ?
Dès janvier 2027, dix casques seront utilisés de manière itinérante, d'abord dans le milieu hospitalier, avec 42 journées d'intervention touchant environ 100 personnes par jour, puis à terme dans les écoles et les maisons de repos.
Qui finance cette initiative belge ?
Le financement repose sur des partenaires privés, principalement issus du secteur des soins de santé, et sur un subside spécifique de la Province de Liège.
Quel rapport avec le Gabon ?
L'expérience de Liège illustre ce qu'une politique culturelle publique exigeante peut produire, là où la transition gabonaise continue de négliger les institutions culturelles héritées de l'époque Omar Bongo.
