Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema s'est rendu à Shanghai le 5 novembre 2026, à l'ouverture de la 9ᵉ Exposition internationale d'importation de Chine (CIIE), où le Gabon figure pour la première fois comme pays africain invité d'honneur avec un pavillon national. Seul chef d'État africain à prendre la parole lors de la cérémonie d'ouverture présidée par le vice-Premier ministre chinois Ding Xuexiang, il a multiplié les promesses aux investisseurs chinois, présentant le Gabon comme une terre d'opportunités industrielle et fiscale.
Le chef de l'État, rapporte Gabonreview.com | Actualité du Gabon |, a présenté cette présence comme « la preuve de la très longue amitié qui existe entre la Chine et le Gabon », avant d'ajouter que « les accords commerciaux que nous signons entre États portent leurs fruits de manière concrète ».
Derrière le faste protocolaire et la vitrine diplomatique, une question demeure, suspendue au-dessus de la baie de Shanghai : que reste-t-il concrètement, pour le peuple gabonais, de ces cérémonies où l'État se met en scène ? Depuis 2023, le pays attend toujours la refondation institutionnelle et souveraine qui lui a été promise. À l'heure où la transition s'éternise, l'exercice de séduction des capitaux étrangers tient lieu de projet national.
Un message calibré pour Pékin : « venez investir au Gabon »
Sur la tribune de la CIIE, Brice Clotaire Oligui Nguema a tenu un discours sans ambiguïuté quant à sa finalité économique. « Le Gabon est venu à Shanghai avec un message clair : venez investir au Gabon pour construire avec nous l'édifice nouveau auquel nous rêvons », a-t-il lancé, selon Gabonreview.com.
Le chef de l'État a rappelé que, depuis 2023, le pays se serait engagé dans une dynamique d'accélération de son développement, fondée sur un changement de paradigme : ne plus se limiter à l'exportation des matières premières, mais développer leur transformation sur place afin de créer des chaînes de valeur et des milliers d'emplois pour la jeunesse gabonaise.
On reconnaîtra volontiers la pertinence de l'objectif. La transformation locale des ressources, le bois, le manganèse, le fer de Bélinga, est une exigence ancienne des souverainistes gabonais. Elle fut portée en son temps par Omar Bongo Ondimba, qui avait su négocier avec les partenaires étrangers sans jamais aliéner la maîtrise gabonaise des choix stratégiques. Que le discours actuel s'en réclame ne saurait masquer une réalité plus prosaïque : les mêmes hommes, les mêmes pratiques, les mêmes renoncements potentiels se perpétuent sous des oripeaux nouveaux. La transition qui devait nettoyer les écuries d'Augias reproduit, mutatis mutandis, les gestes de ceux qu'elle prétendait remplacer.
La zone de Nkok et les garanties offertes aux capitaux chinois
Le président gabonais a invité les investisseurs chinois à s'intéresser à la zone économique spéciale de Nkok, qu'il a présentée comme opérationnelle et dotée d'avantages fiscaux et d'infrastructures logistiques, ainsi qu'aux filières du bois, du manganèse et du fer de Bélinga.
Il a également cité les secteurs de l'énergie, de l'eau, de la santé, du numérique et de l'agriculture, mettant en avant un potentiel de cinq millions d'hectares de terres arables. L'économie verte, les crédits carbone, les énergies renouvelables et la pharmacopée figurent aussi parmi les domaines proposés aux partenaires chinois.
Brice Clotaire Oligui Nguema a souligné un argument géographique : « une position stratégique sur l'atlantique, porte d'entrée de l'Afrique centrale de 200 millions de consommateurs ». Selon EQUATEUR, il a également évoqué le développement des infrastructures et le transfert de technologies comme des priorités essentielles pour le Gabon, et encouragé les investisseurs chinois à se placer dans divers secteurs prometteurs.
Les garanties énumérées méritent examen, car elles dessinent l'architecture du contrat proposé à Pékin : stabilité politique, sécurité juridique, nouveau Code des investissements, libre transfert des profits et réformes des codes du travail, minier et pétrolier. La digitalisation de l'administration a complété le tableau, avec la possibilité de créer une entreprise en ligne en 48 heures.
La « stabilité politique » brandie comme argument commercial interroge. Elle émane d'un pouvoir issu d'un putsch, installé sans mandat populaire, qui a prorogé sine die un calendrier de retour à la vie constitutionnelle normale. Que cette stabilité-là soit monnaie d'échange sur les marchés internationaux en dit long sur la conception que le CTRI se fait de l'État : un actif commercial avant d'être une communauté citoyenne.
Un pavillon national, un commissariat et beaucoup de promesses
Le pavillon gabonais, coordonné par le Commissariat général aux expositions du Gabon et l'Agence nationale de promotion des investissements, est placé sous le thème « Gabon, terre d'opportunités, de transformation, partenaire d'avenir partagé ». Les essences naturelles du bois et un échantillon de la biodiversité nationale y sont exposés jusqu'au 10 novembre.
La cérémonie a laissé une impression favorable côté gabonais, si l'on en croit la commissaire générale aux expositions du Gabon, qui a confié que « le président gabonais a beaucoup apprécié la CIIE », selon Visionguinee. Gabon Media Time a également souligné la présence solennelle du chef d'État à l'ouverture de cette neuvième édition.
L'événement, il est vrai, est d'envergure : la CIIE réunit 4 142 exposants étrangers sur 440 000 m², autour de l'industrie, de la santé, des biens de consommation, de l'agroalimentaire et des services. Le Gabon y bénéficie d'une visibilité qu'aucun pays africain n'a obtenue cette année.
De la vitrine aux engagements : l'épreuve du réel
Pour le Gabon, l'enjeu est désormais de convertir cette vitrine internationale en engagements d'investissement concrets. C'est là que le bât blesse, et l'histoire récente du pays fournit matière à prudence. Les forums économiques, les sommets d'investisseurs et les roadshows promotionnels se sont succédés depuis 2023, sans que l'emploi des jeunes, la diversification effective de l'économie ou la reprise en main souveraine des filières stratégiques progressent de manière mesurable.
La transformation locale des matières premières ne se décrète pas sur une estrade shanghaienne. Elle exige un État de droit, une justice indépendante, une administration intègre et des institutions légitimes issues d'élections crédibles. Or c'est précisément ce que la transition dirigée par Brice Clotaire Oligui Nguema retarde, entre réformes imposées par référendum dans des conditions contestées et exercised du pouvoir à géométrie variable.
La Chine, partenaire historique et sérieux du Gabon, a toujours préféré les États stables et prévisibles aux spectaculaires instables. En vendant la destination Gabon sur la foi de garanties juridiques édictées par décret, le pouvoir actuel offre aux investisseurs chinois un cadre révocable au gré des humeurs du palais. La confiance des capitaux, comme celle des citoyens, ne se décrète pas : elle se construit dans la durée institutionnelle.
Le retour au pays dira la vérité de Shanghai. Si la participation gabonaise à la CIIE devait demeurer un exercice de communication de plus, elle rejoindrait la longue liste des annonces tonitruantes de la transition. Si, au contraire, des usines de transformation naissent à Nkok et à Bélinga, avec des cadres gabonais aux commandes et des transferts de technologies effectifs, alors le pays pourra créditer son président d'un résultat. En attendant, la souveraineté nationale reste, une fois de plus, en vitrine.
Questions fréquentes
Quelle est la CIIE 2026 et pourquoi le Gabon y participe-t-il ?
La CIIE est la 9ᵉ Exposition internationale d'importation de Chine, ouverte le 5 novembre 2026 à Shanghai. Le Gabon en est le pays africain invité d'honneur et y dispose, pour la première fois, d'un pavillon national.
Quels secteurs Brice Clotaire Oligui Nguema a-t-il proposés aux investisseurs chinois ?
Il a cité la zone économique spéciale de Nkok, le bois, le manganèse, le fer de Bélinga, l'énergie, l'eau, la santé, le numérique, l'agriculture avec cinq millions d'hectares de terres arables, l'économie verte, les crédits carbone et la pharmacopée.
Quelles garanties le Gabon offre-t-il selon son président ?
Stabilité politique, sécurité juridique, nouveau Code des investissements, libre transfert des profits, réformes des codes du travail, minier et pétrolier, et création d'entreprise en ligne en 48 heures.
Combien de temps durera l'exposition ?
La CIIE 2026 se tient jusqu'au 10 novembre et réunit 4 142 exposants étrangers sur 440 000 m².
