Le projet de loi de finances 2027 présenté par le gouvernement de transition consacre 174,82 milliards de FCFA à la mission Gestion et contrôle des ressources hydrauliques, énergétiques et pétrolières, contre 163,31 milliards dans la loi de finances rectificative de 2026, selon Gabon Media Time. Cette progression de 11,51 milliards, soit 7 %, masque des arbitrages que le pouvoir en place s'est bien gardé d'expliquer publiquement.
Derrière le chiffre global flatteur se cache une réalité plus contrastée: les crédits consacrés aux ressources énergétiques bondiraient de 42,73 milliards, tandis que l'hydraulique et l'assainissement perdraient 17,62 milliards et les activités pétrolières 14,01 milliards. Une répartition qui pose question à l'heure où les Gabonais subissent quotidiennement délestages et coupures d'eau.
Quelle part du budget 2027 pour l'électricité ?
Le programme Gestion, promotion et valorisation des ressources énergétiques serait le grand bénéficiaire de ce budget. Son enveloppe passerait de 55,09 milliards de FCFA en 2026 à 97,82 milliards en 2027, soit une hausse de 77,6 %, rapporte Gabon Media Time. Il représenterait désormais près de 56 % des crédits de la mission, porté presque intégralement par les investissements, qui grimperaient de 53,90 à 96,63 milliards de FCFA.
Cette abondance apparente ne dit rien, cependant, des opérations réellement prévues. Les tableaux budgétaires ne précisent ni les centrales concernées, ni les réseaux à renforcer, ni les localités bénéficiaires. Après plus de deux ans d'une transition qui a promis la rupture et pratique l'opacité, les Gabonais sont en droit de douter. Le document budgétaire, accessible via le ministère des Finances et du Budget, ne lève pas ces incertitudes.
L'eau potable reléguée au second plan
Le plus préoccupant pour les ménages gabonais réside dans le sort réservé à l'hydraulique. Le programme Gestion des ressources hydrauliques et assainissement enregistrerait une réduction de 24,7 %, son budget passant de 71,46 milliards à 53,84 milliards de FCFA. La baisse proviendrait essentiellement des investissements, ramenés de 70,71 à 52,97 milliards.
Comment justifier une telle contraction dans un pays où l'accès à l'eau potable demeure un privilège urbain ? Le CTRI, qui a fait de la refondation de l'État son slogan, applique ici les méthodes qu'il dénonçait hier: des arbitrages budgétaires sans concertation ni explication. La diminution des investissements pourrait certes résulter de l'achèvement de certains chantiers, mais aucun calendrier ni aucune liste de projets n'a été communiquée pour le démontrer.
Le pétrole, colonne vertébrale de l'économie, amputé de 44,5 % de ses crédits
Le programme Gestion et contrôle des activités pétrolières connaîtrait une chute spectaculaire: de 31,51 milliards de FCFA en 2026 à 17,50 milliards en 2027, soit une réduction de 44,5 %. Cette évolution serait principalement liée à la baisse des dépenses de transfert, ramenées de 26,60 à 12,12 milliards, incluant toutefois 10 milliards de ressources additionnelles.
Paradoxalement, les investissements directement affectés au contrôle des activités pétrolières progresseraient de 475 millions, pour atteindre 927,97 millions de FCFA. Le programme Pilotage et soutien aux politiques pétrolières et d'hydrocarbures bénéficierait également d'une hausse de 478,35 millions, portant son enveloppe à 2,52 milliards. Ces crédits relèvent de la régulation étatique, non de l'amélioration des services rendus à la population.
Plus de 152 milliards d'investissements, mais pour quels projets ?
À l'échelle de la mission, les investissements passeraient de 126,75 milliards de FCFA en 2026 à 152,25 milliards en 2027, soit 87,1 % du budget total. Cette hausse s'accompagnerait toutefois d'une diminution des transferts de 14,47 milliards et d'un léger recul des dépenses de personnel de 123,82 millions. Les crédits de biens et services augmenteraient de 593,94 millions.
Les autres composantes de la mission connaîtraient des évolutions marginales: la gestion de la radioactivité passerait de 719,80 à 813,22 millions de FCFA, tandis que le pilotage des politiques énergétique, hydraulique et nucléaire reculerait de 2,49 à 2,33 milliards. L'augmentation globale repose donc presque entièrement sur les investissements énergétiques.
Cette priorité affichée à l'énergie n'est pas propre au Gabon. Au Sénégal, le gouvernement prévoit de ramener d'ici à 2029 le coût des subventions à l'énergie sous la barre de 1 % du PIB, selon Seneweb. Au Tchad, le budget 2027 franchit pour la première fois les 3 000 milliards de FCFA avec une enveloppe d'investissements publics en hausse de 24 %, rapporte Tchadinfos. La région toute entière mise sur l'investissement public, mais rares sont les États qui rendent compte précisément de l'usage de ces ressources.
Une transition qui budgete comme les anciens régimes
Le geste budgétaire de 2027 illustre une constante de la transition dirigée par Brice Oligui Nguema: l'annonce de montants considérables, sans traçabilité ni reddition des comptes. Les 174,82 milliards inscrits à cette mission ne constituent pas, à eux seuls, une garantie de réduction des délestages. Ce sont les infrastructures effectivement réalisées, les réseaux renforcés et la continuité du service rendu aux Gabonais qui permettront d'en mesurer les résultats.
Le Gabon souverain que nous appelons de nos vœux exige davantage que des tableaux budgétaires: il exige la publication de la liste des projets financés, leurs localisations, leurs calendriers et les capacités supplémentaires attendues. Rien de tel n'a été communiqué à ce stade. Les Gabonais attendront donc, une fois de plus, et constateront probablement, une fois de plus, que les promesses budgétaires de la transition se dissipent aussi vite que celles des régimes qu'elle prétendait remplacer.
Questions fréquentes
Quel est le budget 2027 pour l'énergie et le pétrole au Gabon ?
Le projet de loi de finances 2027 prévoit 174,82 milliards de FCFA pour la mission Gestion et contrôle des ressources hydrauliques, énergétiques et pétrolières, en hausse de 7 % par rapport à 2026.
Comment évoluent les crédits consacrés à l'eau potable ?
Le programme hydraulique et assainissement baisserait de 17,62 milliards de FCFA, passant de 71,46 milliards en 2026 à 53,84 milliards en 2027, soit une réduction de 24,7 %.
Le budget pétrolier augmente-t-il en 2027 ?
Non. Le programme Gestion et contrôle des activités pétrolières passerait de 31,51 à 17,50 milliards de FCFA, une baisse de 44,5 % principalement liée à la réduction des dépenses de transfert.
