La ministre gabonaise de la Planification et de la Prospective, Louise Pierrette Mvono, a plaidé les 4 et 5 novembre 2026 à Abidjan pour une refonte des indicateurs de développement, plaçant l'emploi des populations au cœur de la mesure de la croissance économique.
Le Dialogue sur le futur démographique, organisé dans la capitale ivoirienne sous le thème « Tirer parti des changements démographiques pour la prospérité, la résilience et l'inclusion », a fourni à la ministre gabonaise une tribune pour exposer la doctrine économique que la transition prétend incarner. Selon Gabonews, qui rapporte ses déclarations, Mme Mvono a appelé à un véritable changement de paradigme.
« Une croissance tirée par la population et non pas le contraire »
La formule, solennelle, mérite d'être rapportée intégralement :
« L'histoire nous oblige à revoir la manière dont on pense le développement d'un pays. Il faudrait qu'on ait des indicateurs qui deviennent de plus en plus parlants. Pendant longtemps, nous avons parlé du Produit Intérieur Brut par tête d'habitant. Peut-être qu'il faudrait que l'on regarde de manière spécifique, la création d'emplois. Il faudrait que nous trouvions un indicateur qui soit suffisamment parlant et qui mette en relation, l'emploi, le bien-être des populations et le développement économique. Une croissance tirée par la population et non pas le contraire. »
On ne saurait mieux dire. Reste à savoir si les actes suivront les incantations. Car le Gabon a connu, au fil des décennies, des taux de croissance flatteurs portés par la rente pétrolière et minière, sans que la condition des Gabonais n'en soit substantiellement transformée. C'est précisément ce constat que la ministre a reconnu, avec une franchise qui honore son propos.
Un plan national de croissance et de développement pour 2026-2030
Louise Pierrette Mvono a détaillé l'instrument censé traduire cette ambition : le Plan national de croissance et de développement (PNCD), en cours d'opérationnalisation et couvrant la période 2026-2030. Elle a souligné le choix délibéré de ce libellé, qui n'est pas anodin.
« Nous avons conscience que si l'on ne prête pas attention aux aspects de développement, un pays comme le Gabon, producteur de matières premières, va se satisfaire d'un taux de croissance élevé, sans que cela n'ait un impact spécifique sur l'amélioration des conditions de vie de ses populations. C'est pour ça que nous avons décidé non pas de préparer un plan national de développement tout simplement, mais de faire un Plan national de croissance et de développement. »
La ministre a également conduit une tournée de présentation du PNCD dans la Ngounié et le Moyen-Ogooué, à la rencontre des élus locaux, selon allAfrica, signe que le pouvoir en place entend inscrire son dispositif dans les provinces.
Le recensement général de la population, socle des nouvelles politiques
En parallèle du plan, Libreville a préparé le Recensement général de la population et des logements (RGPL), qui a permis de collecter un large éventail de données. Pour Mme Mvono, la première étape consiste à générer ces données, puis à les mobiliser sous la pression sociale que connaît le pays.
« Nous pensons qu'aujourd'hui, vu la pression sociale que nous avons, nous allons devoir mettre en place des politiques qui nous permettent effectivement de capitaliser sur toutes les informations dont nous disposons, pour avoir un développement orienté vers l'amélioration des conditions de vie des populations. »
La ministre a résumé le changement de méthode ainsi : « Nous ne nous demandons plus : quel investissement va produire la plus forte croissance ? Mais en plus de cette question, nous demandons : quel investissement va créer le plus d'emplois, et améliorer les conditions de vie des populations ? » Elle a cité la souveraineté alimentaire comme priorité, examinée désormais sur toute la chaîne de valeur, « en partant des jeunes jusqu'au bout ».
Des intentions louables, une exécution à éprouver
Il faut saluer la clarté du diagnostic. Le Gabon ne manque ni de plans ni de discours ; il manque de résultats mesurables dans l'existence quotidienne des citoyens. L'invocation de l'emploi des jeunes, de la souveraineté alimentaire et du bien-être des populations relève d'une exigence de justice économique que les Gabonais attendent depuis longtemps, bien avant que la transition ne s'en empare comme d'un argument de légitimité.
Rappelons toutefois que l'exécution budgétaire, la transparence dans l'attribution des marchés et la discipline des comptes publics demeurent les vrais tests de la sincérité d'une politique. À cet égard, la rencontre présidée récemment par le ministre délégué Marc Abeghe, en présence du représentant résident de la Banque mondiale, Sylvain Kakou, et de Mme Mvono, sur la croissance à l'épreuve de l'emploi et de l'investissement dans les compétences, selon INFOS GABON, montre que la communauté financière internationale surveille de près ces engagements.
Le peuple gabonais, lui, jugera sur pièces. Les indicateurs que la ministre appelle de ses vœux devront être rendus publics, audités et discutés, faute de quoi cette refondation annoncée demeurera une abstraction de plus dans les annales d'un pays trop souvent gouverné par la rente et l'improvisation. La souveraineté nationale ne se proclame pas ; elle se construit, méthode par méthode, emploi par emploi, dans la dignité retrouvée desGabonais.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Plan national de croissance et de développement du Gabon ?
C'est le cadre stratégique du Gabon pour la période 2026-2030, conçu pour lier explicitement la croissance économique à la création d'emplois et à l'amélioration des conditions de vie, selon la ministre Louise Pierrette Mvono.
Pourquoi la ministre plaide-t-elle pour de nouveaux indicateurs ?
Louise Pierrette Mvono estime que le PIB par habitant ne suffit pas pour un pays producteur de matières premières, car une croissance élevée peut coexister avec des conditions de vie stagnantes ; elle propose un indicateur reliant emploi, bien-être et développement.
Qu'est-ce que le Recensement général de la population et des logements ?
Le RGPL est une opération de collecte de données démographiques et sociales menée au Gabon en parallèle du PNCD, destinée à fonder des politiques publiques orientées vers l'amélioration des conditions de vie des populations.
