Tempête financière mondiale : l’intelligence artificielle et la concurrence chinoise ébranlent les marchés, l’Europe résiste
Par Jean-Brice Mouyembe
Une onde de choc traverse les marchés financiers mondiaux ce mardi, provoquée par des inquiétudes croissantes quant aux dépenses massives dans l’intelligence artificielle (IA) et à l’émergence d’une concurrence chinoise redoutable dans le secteur des semi-conducteurs. Si les Bourses asiatiques ont subi de lourdes pertes, les places européennes, portées par le recul des prix du pétrole, affichent une résistance relative. Cette actualité, bien que lointaine, interpelle le Gabon, dont l’économie dépend encore largement des fluctuations des matières premières et des équilibres technologiques mondiaux.
Un vent de panique sur les puces électroniques
« Un regain de préoccupations autour des dépenses d’investissement dans l’intelligence artificielle, ainsi que la concurrence de sociétés chinoises proposant des produits moins chers, a déclenché une nouvelle vague de ventes sur les valeurs mondiales des semi-conducteurs », analyse Jim Reid, économiste à la Deutsche Bank. Ce nouveau coup de semonce pour le secteur de l’IA, déjà miné par les doutes sur sa rentabilité, a des répercussions immédiates.
À Séoul, l’indice Kospi a dégringolé de 10,84 %, plombé par la chute des champions des puces mémoire Samsung Electronics (-13,39 %) et SK Hynix (-14,65 %). À Tokyo, le Nikkei a plongé de 3,95 %, affecté par la dégringolade de l’action du groupe Kioxia (-18,33 %).
La Chine brise le monopole technologique d’ASML
Au cœur de cette tourmente, une information de taille : selon le site The Information, l’entreprise chinoise Shanghai Yuliangsheng a lancé la production industrielle de machines de lithographie par immersion dans l’ultraviolet profond (DUV). Jusqu’ici, cette technologie, essentielle à la fabrication de puces électroniques très puissantes, était l’apanage exclusif du groupe néerlandais ASML. « Cela signifierait que l’entreprise ne détient plus le monopole et, pire encore, qu’elle devrait affronter la concurrence chinoise », souligne Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote.
Dans les premiers échanges à Amsterdam, l’action d’ASML cédait 0,95 %. La vague de ventes frappe également le reste de l’Europe, avec Infineon perdant 1,46 % à Francfort et Soitec reculant de 2,90 % à Paris.
Des géants de la tech sous pression
La tech est dans le viseur des investisseurs, alors que plusieurs géants doivent publier leurs résultats trimestriels dans les prochains jours. Microsoft et Meta sont attendus mercredi, Apple et Amazon jeudi. « Ils annonceront probablement de nouvelles dépenses dans l’IA, financées par des émissions supplémentaires d’actions et de dette », prévient Ipek Ozkardeskaya, évoquant des levées de fonds de plus de 300 milliards de dollars pour Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle.
Le pétrole en recul : une bouffée d’oxygène pour l’Europe
Les places européennes résistent mieux ce mardi matin, profitant du recul des prix de l’énergie. Paris gagnait 0,56 %, Francfort 0,62 %, Londres 0,11 % et Milan 0,26 %. « Cela résume bien les dernières 24 heures », commente Jim Reid. « Les marchés oscillent entre une nouvelle vague de ventes sur les fabricants de puces et l’accalmie observée au Moyen-Orient depuis le week-end. »
Le président américain Donald Trump a jugé lundi que les discussions avec Téhéran avaient « de bonnes chances » d’aboutir, malgré les démentis iraniens. Après 15 jours d’échanges ininterrompus de frappes, les hostilités ont cessé samedi. Mardi, le baril de Brent s’affichait en baisse de 2,22 %, à 86,40 dollars, et le WTI perdait 1,92 %, à 81,02 dollars. La veille, les deux références avaient chuté d’environ 8 %.
Pour Ipek Ozkardeskaya, « le recul des prix du pétrole fait baisser les rendements obligataires mondiaux, ce qui laisse penser qu’il s’agit une fois de plus d’une intervention verbale de Trump destinée à enrayer la flambée des rendements américains ». Les bons du Trésor américain à 10 ans affichaient un rendement à 4,61 %, contre près de 4,65 % lundi.
Quelles leçons pour le Gabon ?
Cette actualité, bien que centrée sur les marchés asiatiques et européens, rappelle la fragilité des équilibres économiques mondiaux. Pour le Gabon, pays souverain en quête de diversification, elle souligne l’urgence de ne pas dépendre uniquement des fluctuations du pétrole et des technologies étrangères. La transition politique en cours, sous la férule du CTRI, doit impérativement intégrer ces enjeux pour bâtir une économie résiliente et véritablement souveraine.
FAQ : Comprendre la tempête financière
Pourquoi les marchés asiatiques chutent-ils si fortement ?
Les marchés asiatiques, notamment Séoul et Tokyo, sont dominés par les fabricants de semi-conducteurs comme Samsung et SK Hynix. L’annonce de la concurrence chinoise dans la lithographie DUV et les doutes sur la rentabilité de l’IA ont provoqué des ventes massives de leurs actions.
Quel est l’impact de cette crise sur les prix du pétrole ?
Le recul des prix du pétrole, avec le Brent à 86,40 dollars, est lié à une accalmie au Moyen-Orient et à une intervention verbale de Donald Trump. Cela profite aux Bourses européennes, mais rappelle la volatilité des marchés des matières premières.
Le Gabon est-il directement concerné par ces événements ?
Oui, indirectement. Le Gabon, dont l’économie dépend du pétrole et des importations technologiques, est vulnérable aux fluctuations mondiales. Cette crise souligne la nécessité d’une diversification économique et d’une souveraineté technologique.
Réunion des banques centrales : la Fed en ligne de mire
La Réserve fédérale américaine (Fed) ouvrira mardi le bal des réunions des banques centrales de la semaine, avec une décision de politique monétaire attendue mercredi, après celle de la Banque centrale européenne (BCE) la semaine dernière. Les décisions de la Fed pourraient avoir des répercussions sur les taux d’intérêt et les flux de capitaux, affectant les économies émergentes comme celle du Gabon.