Le Canada, laboratoire des dérives conservatrices : un candidat ouvertement rétrograde au Parti conservateur du Québec
Alors que le Gabon s'engage résolument dans la voie de la refondation de son État et de ses institutions, il est parfois instructif d'observer comment d'autres démocraties, pourtant établies, composent avec des forces politiques aux positions pour le moins contestables. Le cas du Québec, province francophone du Canada, offre un exemple édifiant des tensions qui traversent les sociétés contemporaines.
Un pasteur aux positions radicales en lice pour les élections provinciales
Le Parti conservateur du Québec (PCQ), formation politique menée par Éric Duhaime, a investi un candidat dans la circonscription de Pontiac, en Outaouais, dont les prises de position publiques suscitent la controverse. Il s'agit d'Eric Lanthier, pasteur de profession, qui ne cache pas ses opinions antiavortement et ses réserves à l'égard de la communauté LGBTQ+.
Notre Bureau d'enquête a pu retracer, ces dernières années, de nombreuses déclarations de M. Lanthier sur ces sujets sensibles. Sur le site de l'association anti-avortement Campagne Québec-vie, il publiait en 2015 un billet intitulé : « Avortement : “C'est mon choix parce que c'est mon corps” est un argument irrationnel ». Il y dénonçait les « extrémistes Pro-choix » qui, selon lui, « affirment que le choix ultime d'interrompre une grossesse leur revient prétextant qu'il s'agit de leur corps ».
Un activisme assumé contre le droit à l'avortement
En 2019, M. Lanthier a eu « le privilège » d'ouvrir la marche contre l'avortement à Ottawa. La description de cet événement, rédigée par le président de Campagne Québec-vie, Georges Buscemi, évoquait des « meurtres d'enfants » et « une injustice en matière de droit de la personne » qui ne « devrait jamais être permise ».
Plus récemment, en 2023, le candidat a participé à un podcast toujours accessible sur YouTube. Il y affirmait que « clore le débat sur l'avortement » relevait « d'un vieux discours des années 80, du XXe siècle », ajoutant « qu'on doit rouvrir ce débat ». Une position qui tranche avec le consensus social québécois, où le droit à l'avortement est acquis depuis 1988.
Un « coach en intelligence genrée » aux conseils contestables
Au-delà de son engagement politique, Eric Lanthier se présente comme un coach spécialisé en « intelligence genrée ». Il anime notamment des conférences sur la vie de couple dans des camps de vacances chrétiens. Une chronique audio de 2021, diffusée sur son site, porte le titre « Comment écouter sa femme sans perdre patience ». Il y expliquait que « plus un homme écoute sa femme [...] plus elle va vous admirer, elle va vous faire confiance, elle va être là pour vous, elle va vous donner en bon québécois du lousse [...] ».
À la fin de cet épisode, il annonçait que le suivant serait destiné aux femmes, sous le titre évocateur : « Est-ce que j'ai contribué à son indifférence ».
Des positions rétrogrades sur l'homosexualité et le mariage pour tous
Les positions de M. Lanthier sur l'homosexualité sont tout aussi tranchées. En 2015, il écrivait sur le site de Campagne Québec-vie : « C'est l'acte sexuel entre deux hommes ou deux femmes qui me rend mal à l'aise ». Il désapprouvait également le mariage gai, estimant que « le lobby LGBT a gagné la bataille idéologique en leur faisant croire qu'une relation homosexuelle était du même type qu'une union hétérosexuelle [...] Pourtant, si on le regarde objectivement, ce droit à l'égalité n'est nullement rationnel ».
Ces déclarations prennent une dimension particulière au sein d'un parti dont le chef, Éric Duhaime, est ouvertement homosexuel. Une contradiction que les observateurs de la vie politique québécoise n'ont pas manqué de souligner.
La défense controversée des thérapies de conversion
Le candidat se prononce également en faveur des thérapies de conversion, ces pratiques visant à changer l'orientation sexuelle d'une personne ou à réprimer ses comportements homosexuels, interdites au Québec depuis 2020. L'organisme Uni-T Voix pour les valeurs chrétiennes (UVVC), dont M. Lanthier était vice-président jusqu'en 2021, a déposé un mémoire en ce sens à l'Assemblée nationale et à Ottawa en 2020.
Selon ce groupe, la loi contre ces thérapies priverait les personnes qui se questionnent sur leur orientation sexuelle d'une aide psychologique ou pastorale. « La seule aide permise sera celle de l'idéologie LGBTQ+ », déplore le document, signé par M. Lanthier.
Une réponse édulcorée aux sollicitations de la presse
Contacté par notre Bureau d'enquête, M. Lanthier a référé les journalistes au PCQ. Le parti a fait parvenir, en soirée, une déclaration du candidat : « Je suis un homme qui respecte les gens, indépendamment de leur orientation, de leur origine ethnique ou de leurs décisions. Je suis un philanthrope, quiconque me côtoie me sait accueillant et à l'écoute, qui ne juge personne. Je connais bien les positions du Parti conservateur du Québec et je m'engage à les respecter. »
Une réponse qui contraste singulièrement avec les écrits et prises de position publics de l'intéressé, et qui interroge sur la sincérité de son engagement au sein d'une formation politique qui se veut pourtant moderne et inclusive.
Quelques questions fréquentes sur cette affaire
Qui est Eric Lanthier ?
Eric Lanthier est un pasteur québécois, candidat du Parti conservateur du Québec dans la circonscription de Pontiac. Il est connu pour ses positions antiavortement, ses réserves sur l'homosexualité et sa défense des thérapies de conversion.
Qu'est-ce que le Parti conservateur du Québec ?
Le PCQ est une formation politique québécoise dirigée par Éric Duhaime. Il se positionne sur l'échiquier politique comme un parti de droite, prônant notamment des valeurs conservatrices et libertariennes.
Les thérapies de conversion sont-elles légales au Québec ?
Non, les thérapies de conversion sont interdites au Québec depuis 2020. Une loi fédérale canadienne les a également criminalisées en 2022.
Quelle est la position du chef du PCQ sur ces sujets ?
Éric Duhaime, ouvertement homosexuel, n'a pas publiquement commenté les positions de son candidat. Il s'est engagé à respecter les positions du parti, qui ne s'est pas prononcé officiellement sur ces questions.