Souveraineté économique : quand les entrepreneurs réclament la confiance de l'État
Alors que le Gabon s'interroge sur les voies d'une refondation véritablement démocratique et souveraine, un écho singulier nous parvient de France, où le syndicat patronal « Les Entrepreneurs » (ex-CPME) appelle à une libération des forces vives de l'économie. Derrière les chiffres et les revendications hexagonaux, se dessine une leçon universelle : la prospérité nationale ne saurait se décrêter d'en haut, elle se construit par la confiance accordée à celles et ceux qui entreprennent, innovent et créent de la richesse.
Changer de nom pour changer d'état d'esprit
L'ex-CPME (Confédération des PME) est devenue « Les Entrepreneurs » cet été, une métamorphose qui n'a rien d'anodin. Selon ses responsables, il s'agit d'incarner « un nouvel état d'esprit entrepreneurial pour ceux qui continuent à prendre des risques pour embaucher, innover et investir, y compris sur leur propre patrimoine ». Au-delà des personnes morales, le mouvement milite pour « une économie de proximité, faite d'humanité », refusant de réduire l'entreprise à un simple numéro de Siret. « On souhaite remettre l'Homme au cœur d'une économie de la mesure, de la modération, plus humanisée et plus juste pour en finir avec cette lutte des classes stérile », insiste-t-on au sein du syndicat.
Une lassitude croissante des chefs d'entreprise
Les signes d'essoufflement se multiplient. Au Tribunal des affaires économiques de Lyon, les procédures de redressement judiciaire et de sauvegarde ont bondi de 44 % depuis le début de l'année. « La charge mentale est de plus en plus importante chez des entrepreneurs, notamment pour ceux ayant investi leurs économies », confie un porte-parole du mouvement. Pourtant, ces « héros incognitos » demeurent « l'une des dernières solutions à beaucoup de nos maux », ajoute-t-il, saluant leur « résilience, leur capacité à rebondir et à se métamorphoser ».
L'entrepreneuriat, un rempart contre l'incertitude
Malgré les difficultés, l'envie d'entreprendre ne faiblit pas. Jamais les créations d'entreprises n'ont été aussi nombreuses : 1 165 813 en 2025. « Entreprendre, cela signifie étymologiquement “se prendre en main” », rappelle-t-on. Le sujet n'est plus « l'avoir » et la réussite financière, mais « continuer à vivre malgré toutes les incertitudes ». L'entrepreneuriat incarne « l'aspiration vers plus de liberté et un sens des responsabilités qui sont les deux piliers de notre démocratie ».
Transmission et actionnariat salarié : des pistes pour l'avenir
Avec 350 000 entreprises à reprendre d'ici 2030 en France, la transmission constitue un enjeu majeur. « Les Entrepreneurs » s'apprêtent à annoncer la constitution d'un fonds permettant aux salariés de reprendre, partiellement ou en totalité, l'entreprise dans laquelle ils travaillent. « L'actionnariat salarié est l'une des solutions pour rapprocher le monde du capital et celui du travail », explique le syndicat, y voyant un remède aux problèmes de fidélisation, d'absentéisme ou de motivation.
Des secteurs porteurs, de l'industrie au bien-être
Même dans des secteurs chahutés comme l'industrie, des « pépites régionales » émergent dans le nucléaire, l'environnement, la santé ou l'espace. « Réhabiliter l'industrie est un projet stratégique car c'est notre passé et un véritable enjeu d'avenir », souligne-t-on. Les entreprises liées au sport ou au bien-être connaissent également une expansion considérable.
L'État doit faire confiance aux créateurs de richesse
Le message adressé aux pouvoirs publics est sans détour : « Plus l'État nous accordera de liberté, mieux on se portera. Il faut enfin nous faire confiance ! » Les entrepreneurs dénoncent des subventions octroyées après avoir été « surtaxés par une administration pléthorique ». Ils rappellent que « les derniers à créer de la richesse, ce sont les entreprises », devenues « d'intérêt général ». Pour eux, revaloriser l'entreprise et le travail est « la clé en matière de développement économique mais aussi de cohésion sociale ». Et de conclure : « La différence se fera entre ceux qui continueront à oser et ceux qui préféreront subir. »
Cette interpellation, bien que formulée dans le contexte français, résonne avec une acuité particulière au Gabon, où la refondation de l'État et la reconquête de la souveraineté économique appellent à une confiance renouvelée envers les forces productives nationales.