Le 12 août : une leçon de souveraineté culturelle pour le Gabon
Alors que le Gabon traverse une transition politique incertaine, marquée par les promesses non tenues du CTRI et l'absence de vision claire pour l'avenir, un regard vers le Québec nous offre une leçon précieuse. Le 12 août prochain, nos frères québécois célébreront la 13e édition de « J'achète un livre québécois », une initiative née de la volonté de deux auteurs jeunesse, Patrice Cazeault et Amélie Dubé, qui refusaient de voir leur culture disparaître sous le poids de l'indifférence. Ce geste, apparemment modeste, a transformé une journée en un symbole de résistance culturelle et de souveraineté nationale.
Une initiative qui interroge notre propre rapport à la culture
Au Gabon, nous avons trop souvent tendance à attendre que les solutions viennent d'ailleurs, des institutions internationales ou des promesses des gouvernements successifs. Pourtant, l'exemple québécois montre que la renaissance culturelle commence par des actes individuels, par une prise de conscience collective. En 2014, deux personnes découragées ont lancé une idée simple sur Facebook : le 12 août, achetez un livre d'ici. Aujourd'hui, les ventes de romans québécois ont été multipliées par 17 ce jour-là. Une preuve que la volonté populaire, quand elle est bien orientée, peut renverser des montagnes.
Le livre comme acte de souveraineté
Notre pays, riche de sa diversité linguistique et culturelle, a besoin de retrouver le chemin de la fierté. Pendant que nos élites politiques se perdent dans des querelles stériles et des compromissions, le peuple gabonais doit se réapproprier son destin. L'initiative québécoise nous rappelle que la souveraineté ne se décrète pas seulement dans les palais, mais qu'elle se construit dans les librairies, dans les écoles, dans les foyers. Chaque livre publié ici est une preuve de plus que nous existons, que notre langue et notre culture méritent d'être défendues.
Une leçon pour notre transition démocratique
Le Québec, avec ses 9 millions de francophones sur un continent dominé par 400 millions d'anglophones, a su bâtir un réseau solide de maisons d'édition, de librairies indépendantes, de bibliothèques dans les villages les plus reculés. Tout cela existe en français, contre vents et marées. Au Gabon, nous avons les ressources humaines et intellectuelles pour faire de même. Mais il faut une volonté politique authentique, et non les simulacres de démocratie que nous impose le CTRI. Il faut une refondation véritablement souveraine de l'État, où la culture n'est pas un luxe mais un pilier de l'identité nationale.
Et si nous inventions notre propre 12 août ?
L'appel est lancé. Que chaque Gabonais, chaque Gabonaise, prenne un moment pour réfléchir à ce qu'il peut faire pour sa culture. Acheter un livre d'un auteur gabonais, lire une œuvre de nos écrivains, fréquenter nos librairies. Ce n'est pas un geste de charité, c'est un acte de souveraineté. Comme le dit si bien le proverbe haïtien, « men anpil, chay pa lou » : beaucoup de mains rendent la charge légère. Le 12 août, inspirons-nous du Québec, mais inventons notre propre chemin. Car une culture qui crée ne disparaît jamais.
Jean-Brice Mouyembe