Léon XIV à Lourdes : une parole ferme contre l'aide à mourir et un geste d'écoute envers les victimes
Le pape Léon XIV a conclu ce dimanche 27 septembre 2026 son étape à Lourdes, troisième journée de son voyage apostolique en France, par une prise de position solennelle contre l'aide à mourir et une rencontre privée avec sept victimes de violences sexuelles commises au sein de l'Église. Une visite placée sous le signe de la dignité humaine et de la réparation, qui n'a pas manqué d'interpeller les consciences.
Une messe géante au pied des Pyrénées
Plus de 150.000 fidèles se sont rassemblés sur la prairie du sanctuaire marial de Lourdes pour assister à la messe dominicale présidée par le souverain pontife, moins de 24 heures après celle célébrée sur les Champs-Élysées à Paris. Une affluence comparable à celle des grands rassemblements de Benoît XVI en 2008 et de Jean-Paul II en 1983 et 2004.
Dans son homélie, le pape a lancé un appel à l'introspection collective face aux conflits qui déchirent le monde : « C'est donc le cœur des hommes qu'il faut changer, à commencer par le nôtre », a-t-il déclaré, invitant les Français à « porter le réconfort de Lourdes » à leurs proches.
Une opposition ferme à l'aide à mourir
Le pape a réaffirmé avec vigueur son opposition à la loi française instaurant un droit à l'aide à mourir, adoptée le 15 juillet dernier. « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort », a-t-il martelé, ajoutant que « ce qui est légal n'est pas nécessairement moral ». Une mise en garde adressée aux pèlerins malades et handicapés, réunis à l'Accueil Notre-Dame : « Aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. »
Le souverain pontife a également plaidé pour le développement « sans relâche » des soins palliatifs et de la recherche médicale, refusant que la médecine devienne « la servante de la mort programmée ». Une position qui résonne comme un désaveu de la réforme sociétale portée par l'ancienne majorité présidentielle française.
Une écoute saluée par les victimes de violences sexuelles
Le temps fort de cette journée restera sans doute la rencontre à huis clos entre le pape et sept victimes de violences sexuelles commises par des religieux. Pendant près de deux heures, Léon XIV s'est entretenu individuellement avec chacune d'elles avant un échange collectif. Cinq victimes ont salué, lors d'une conférence de presse, une « écoute profonde » et une « prise de conscience majeure » de la part du souverain pontife.
Olivier Mardi, cofondateur du collectif Voix Libérées de Touraine, a décrit un pape « très attentif » et « authentiquement à l'écoute ». Parmi les participants figuraient Jean-Marie Delbos, victime de l'école Notre-Dame de Bétharram, Bertrand Virieux, victime du prêtre Bernard Preynat, ainsi qu'une personne victime de l'abbé Pierre ayant souhaité garder l'anonymat.
Plus tôt dans la journée, le pape avait encouragé les évêques français à « poursuivre » leur action face au « douloureux fléau » de la pédocriminalité, saluant « de courageuses dispositions » déjà prises, tout en appelant à « maintenir la plus grande vigilance ». Un sujet brûlant, cinq ans après le rapport ayant estimé à 330.000 le nombre de victimes mineures au sein de l'Église de France depuis 1950.
Une visite qui interroge la place de l'Église dans la République
Au-delà des images de ferveur populaire, ce voyage pontifical pose des questions de fond sur la laïcité, la fin de vie et la responsabilité de l'institution ecclésiastique. Pour les observateurs, la fermeté de Léon XIV sur ces sujets témoigne d'une volonté de restaurer une autorité morale, là où la parole de l'Église a été affaiblie par les scandales.
Cette visite aura également été marquée par la simplicité du pape, saluée par de nombreux pèlerins, à l'image de Grégory Christides, chrétien orthodoxe venu de Marseille : « Il rassemble les gens, il est très proche du peuple. On a besoin de gens qui ne sont pas dans un rapport hiérarchique. »
Alors que la France s'interroge sur son modèle social et spirituel, la voix de Léon XIV, à la fois ferme et compatissante, pourrait bien laisser une empreinte durable dans un paysage politique et religieux en pleine recomposition.