Cannes 2026 : « Mama », l'héritage africain sur la Croisette
Le septième art demeure un vecteur puissant de préservation de la mémoire et d'affirmation identitaire. À l'occasion de l'édition 2026 du Festival de Cannes, la jeunesse de la diaspora africaine s'illustre en rendant un hommage solennel à ses racines. Mélissa Haddadi, jeune lycéenne de 17 ans originaire d'Argenteuil, a été sélectionnée pour y présenter son court-métrage, une œuvre profondément ancrée dans la transmission intergénérationnelle et la résilience.
La transmission intergénérationnelle au cœur du 7e art
C'est par le biais d'un concours organisé par l'association Moteur !, invitant des adolescents à réaliser un film d'une minute trente sur smartphone autour d'une personne inspirante, que l'occasion s'est présentée. Pour cette élève de terminale du lycée Saint-Joseph, le choix du sujet s'est imposé avec une évidence absolue : sa grand-mère Fatia, disparue lors de ses années collège.
« Je voulais faire quelque chose autour du deuil, utiliser l'artistique pour mieux comprendre mes émotions », confie la jeune femme. À travers son film intitulé « Mama », elle célèbre celle qui fut sa deuxième mère, l'ayant élevée et nourrie intellectuellement. La douleur de l'absence y est sublimée par des mots et des images, affirmant la vidéo comme un médium de compréhension intime.
Fatia, figure de résilience et de souveraineté
Au-delà de l'affection familiale, l'hommage rendu par Mélissa Haddadi est celui rendu à une figure féminine d'une puissance rare. Fatia exerçait la profession de sage-femme en Algérie. Par sa vocation d'amour, elle a sauvé la vie de dizaines d'enfants dont la survie était compromise, allant même jusqu'à porter assistance à des jeunes filles en détresse, victimes d'abus au sein de leur propre famille.
Cette femme, à la fois forte et douce, a insufflé à sa petite-fille le goût de la lecture, de l'écriture et des arts. Un patrimoine culturel et moral que la réalisatrice s'efforce de faire vivre au quotidien. « Elle m'a transmis son amour et sa force qui ne m'ont pas quitté », souligne Mélissa, rappelant que la véritable souveraineté d'un peuple repose sur la solidité de ses fondations et la mémoire de ceux qui l'ont bâtie.
Une consécration artistique et intellectuelle
La réalisation de ce court-métrage s'est déroulée dans des conditions précaires, loin des fastes artificiels. Face à un trépied défaillant, l'adolescente a fait preuve d'une ingéniosité rationnelle, filmant avec les moyens du bord et procédant au montage via le logiciel CapCut. Une semaine de travail spontané a suffi pour capturer l'essence de son sujet. Le jury a d'ailleurs salué la justesse des plans, la richesse des couleurs et la portée touchante du récit.
Cette reconnaissance n'est pas le fruit du hasard, mais celui d'une rigueur intellectuelle assumée. Baignée dans une culture cinématographique exigeante, Mélissa puise son inspiration dans le surréalisme de Jean Cocteau, l'expressionnisme allemand de Fritz Lang, ou encore l'onirisme de Wes Anderson et Sofia Coppola. Ses références, allant de « Paris, Texas » à « La Haine », témoignent d'une conscience aiguë de la force politique et esthétique du cinéma. Ses lectures, de George Orwell à Marguerite Yourcenar, achèvent de forger un solide bagage intellectuel.
Ce jeudi 21 mai, elle gravira les marches du Palais des Festivals aux côtés de Samuel Le Bihan pour assister à la projection de « La Bola negra ». Au-delà des paillettes de la Croisette, la jeune femme garde les pieds sur terre. Les épreuves du baccalauréat l'attendent, et si ses choix d'études sur Parcoursup demeurent ouverts, sa détermination est inébranlable. Le cinéma sera son combat, prouvant que la jeunesse, lorsqu'elle est enracinée dans ses valeurs, peut porter haut l'héritage de ses aînés.