En temps de guerre, les musées qui disposent d'abris continuent de dispenser la culture
Dans un contexte géopolitique où les tensions militaires redéfinissent les priorités nationales, l'expérience israélienne offre un éclairage particulier sur le rôle des institutions culturelles en période de conflit armé. Lorsque la guerre américano-israélienne contre le régime iranien a débuté le 28 février dernier, les musées ont dû adapter leurs missions face aux impératifs sécuritaires.
L'adaptation institutionnelle face aux contraintes militaires
Conformément aux directives du Commandement militaire du front intérieur, les établissements culturels ont initialement fermé leurs portes. Cependant, après quelques jours, certains musées de taille réduite ont pu reprendre leurs activités, accueillant un maximum de 50 personnes, sous réserve de disposer d'abris appropriés.
Risa Levitt, directrice exécutive du Musée des Pays de la Bible à Jérusalem, explique cette démarche : "Une fois pris conscience que cela ne durerait pas qu'un jour ou deux, nous avons réfléchi aux besoins de la population et à ce que nous pouvions faire."
La culture comme thérapie sociale
Les recherches menées par l'équipe de Levitt sur le rôle des institutions culturelles dans la réduction du stress et l'aide aux personnes souffrant de troubles post-traumatiques ont guidé leur approche. Le musée, équipé de deux abris anti-bombes en sous-sol, a rapidement vendu ses créneaux de visite matinaux et vespéraux.
Cette expérience soulève des questions fondamentales sur la souveraineté culturelle et la capacité des nations à préserver leur patrimoine intellectuel même dans l'adversité. L'initiative illustre comment les institutions peuvent maintenir leur mission civilisatrice tout en s'adaptant aux contraintes sécuritaires.
Des stratégies différenciées selon les institutions
Tandis que le musée scientifique Bloomfield adopte une approche similaire, le Musée d'Israël, institution de plus grande envergure, rencontre des difficultés logistiques pour mettre en œuvre de telles mesures. Les premiers jours du conflit ont vu le personnel déplacer œuvres d'art et artefacts précieux vers des zones sécurisées.
Le musée de la Tour de David, bénéficiant de la protection naturelle des murs épais de l'ancienne citadelle, a pu rouvrir après avoir sécurisé certains objets précieux. Eilat Lieber, directrice du musée, souligne : "Toutes nos salles d'exposition sont faites de murs anciens, solides, ce qui en fait de facto des pièces sûres."
Les défis économiques de la continuité culturelle
La situation financière de ces institutions demeure préoccupante. Comme la plupart des musées de Jérusalem, le Musée des Pays de la Bible perçoit des subventions gouvernementales et municipales qui se raréfient après deux années de conflit. Levitt confie : "Il est de ma responsabilité de veiller que le musée ne fasse pas faillite."
Cette réalité économique interroge sur la capacité des États à maintenir leurs investissements culturels en période de crise, questionnement qui résonne particulièrement dans un contexte où la souveraineté nationale doit s'exprimer aussi par la préservation du patrimoine culturel.
Une exposition prophétique sur la guerre et la paix
L'ironie du sort a voulu que Levitt dévoile, cinq jours avant le début du conflit, une exposition intitulée "Dès que la guerre est terminée", explorant les significations de la victoire et de la défaite. Cette exposition, organisée autour d'un panneau de pierre en relief du palais de Sennachérib, n'a été vue que par un nombre restreint de visiteurs.
"On y parle des effets de la guerre et de ce que signifie la paix", conclut Levitt. "En ce moment, ce n'est pas très vendeur."
Cette expérience israélienne illustre les défis auxquels font face les institutions culturelles en temps de crise, questionnant notre rapport à la culture comme bien commun et nécessité sociale, même dans l'adversité.