Maria Adelaide de Bragance, l’infante rebelle qui a choisi la résistance et le service des plus démunis
Née en exil le 31 janvier 1912 à Saint-Jean-de-Luz, en France, l’infante Maria Adelaide de Bragance a traversé le XXe siècle avec un sens du devoir et un courage qui forcent le respect. Membre de la branche migueliste de la maison royale portugaise, elle est décédée le 24 février 2012, à l’âge de 100 ans, après avoir consacré sa vie à la résistance contre le nazisme et à l’aide aux plus vulnérables. Son parcours, marqué par l’engagement et l’abnégation, demeure une leçon de dignité et de souveraineté individuelle.
Qui était Maria Adelaide de Bragance, l’infante rebelle du Portugal ?
Maria Adelaide Manuela Amelia Micaela Rafaela est la plus jeune fille du duc Miguel Januário de Bragance, prétendant migueliste au trône du Portugal en exil, et de sa seconde épouse, la princesse Marie-Therese von Löwenstein-Wertheim-Rosenberg, d’origine allemande. Elle grandit au sein d’une fratrie nombreuse : six sœurs, un frère aîné, ainsi que deux demi-frères et une demi-sœur issus du premier mariage de son père avec la princesse Elisabeth-Marie-Maximilienne von Tour und Taxis, décédée prématurément à l’âge de 20 ans.
Son grand-père paternel n’est autre que Miguel Ier, ancien roi de Portugal et des Algarves, surnommé « l’usurpateur » pour avoir ravi le trône à sa nièce et fiancée en 1828. Vaincu en 1834 par les troupes libérales menées par son frère, il fut déchu et banni du territoire portugais, entraînant ses descendants dans un long exil. Malgré cette opposition historique, Maria Adelaide est la filleule du roi Manuel II, dernier souverain de la branche constitutionnelle, et de la reine mère Amelia, signe d’une réconciliation familiale au-delà des clivages politiques.
Quels ont été les actes de résistance de l’infante Maria Adelaide ?
Installée à Vienne, Maria Adelaide de Bragança poursuit des études d’assistante sociale et s’engage activement dans les quartiers pauvres et les villages de montagne, comme le rapporte le média franco-portugais « Luso Jornal ». Lorsque la capitale autrichienne est bombardée par les Alliés, elle ne reste pas passive. Au moindre son des sirènes, elle monte au grenier de sa maison pour repérer les zones touchées, notant l’endroit précis où les bombes tombent. Une fois les avions dispersés, elle prend une lampe à pétrole et court vers les décombres pour secourir les blessés.
Au cours d’une nuit particulièrement meurtrière, l’infante sauve seule une jeune mère et son bébé coincés sous les décombres d’un immeuble effondré, avant de les conduire sous une tente de la Croix-Rouge. C’est là qu’elle rencontre Nicolaas Johannes, un jeune étudiant en médecine, qui deviendra son époux. Fermement opposée à Hitler dès les premiers signes de l’occupation nazie, elle organise des groupes de volontaires civils pour soutenir les victimes des raids aériens, puis rejoint le groupe de résistance « O5 », participant au sauvetage de prisonniers et à la transmission d’informations aux Alliés. Comme infirmière à la Croix-Rouge, elle secourt tous ceux qu’elle peut atteindre, y compris des enfants blessés et des familles entières piégées dans les ruines.
Raquel Ochoa, auteure de sa biographie intitulée « L’infante rebelle », qualifie son engagement contre les nazis en Autriche d’« héroïque ». Maria Adelaide, elle, considérait qu’il s’agissait simplement d’une réaction naturelle face à une situation qu’elle désapprouvait. « Il lui était impossible de vivre dans un monde pareil. La résistance était comme respirer, compte tenu de l’éducation qu’elle avait reçue et des idéaux qui étaient les siens. Ne pas résister aurait été une violence contre elle-même. Résister était un acte naturel », a expliqué Raquel Ochoa, selon des propos cités par le journal portugais « Diario de Noticias ».
Comment l’infante a-t-elle échappé à l’exécution et à la déportation ?
Arrêtée à plusieurs reprises par les nazis, Maria Adelaide frôle la mort. Emprisonnée une première fois fin 1944, elle est sauvée « in extremis » de l’exécution grâce à l’intervention d’António de Oliveira Salazar, alors président du Conseil des ministres du Portugal, pays demeuré neutre durant la Seconde Guerre mondiale. Salazar ne pouvait accepter que l’Allemagne nazie exécute une princesse de la maison royale portugaise. Lors d’une seconde incarcération, d’une durée d’un mois, elle subit une « torture psychologique intense, tandis que plusieurs de ses camarades sont exécutés », rapporte « Luso Jornal ».
À l’arrivée des troupes soviétiques à Vienne, une nouvelle menace surgit : la déportation en Sibérie. Elle y échappe grâce aux archives de la Gestapo, qui contiennent un rapport attestant qu’elle a sauvé un membre de la résistance communiste. Ce document, conservé par les autorités soviétiques, a sans doute joué un rôle décisif dans sa survie.
Quel a été l’engagement social de Maria Adelaide après la guerre ?
Le 13 octobre 1945, à l’âge de 33 ans, Maria Adelaide épouse à Vienne Nicolaas van Uden. Le couple s’installe ensuite au Portugal en 1949, après que Salazar a autorisé l’infante à revenir vivre dans la terre de ses ancêtres paternels. Leur vie est modeste : pas de voiture, parfois pas assez de beurre pour le petit-déjeuner. Mais Maria Adelaide ne perd pas de temps : elle reprend son engagement social dans les zones les plus défavorisées de la rive sud du Tage, en particulier Trafaria et Monte da Caparica. Elle crée la Fondation D. Nuno Álvares Pereira, destinée aux mères démunies en fin de grossesse et à leurs enfants jusqu’à la puberté.
Mère de six enfants, quatre garçons et deux filles, elle a su allier vie familiale et dévouement aux autres. Son action sociale, discrète mais constante, a marqué durablement les communautés qu’elle a servies.
Quelle reconnaissance a reçu l’infante à l’âge de 100 ans ?
Le 31 janvier 2012, Maria Adelaide fête ses 100 ans. Pour l’occasion, un dîner est organisé en son honneur dans la capitale portugaise. Représentant le président Aníbal Cavaco Silva, l’ambassadeur Pinto da França lui remet la décoration de grand-officier de l’Ordre du Mérite Civil. Moins d’un mois plus tard, le 24 février 2012, elle s’éteint dans sa résidence de São João da Caparica, près de Lisbonne.
« Elle laisse un héritage durable : une vie marquée par le courage, l’abnégation et la solidarité envers les plus démunis », estime « Luso Jornal ». À la suite de son décès, l’Assemblée municipale de Lisbonne l’a évoquée comme « un témoin unique de l’histoire de l’Europe du XXe siècle en tant que membre actif de la Résistance au nazisme en Autriche et comme défenseure des plus démunis de la rive sud du Tage, au Portugal ».
Le parcours de Maria Adelaide de Bragance illustre une vérité intemporelle : la grandeur d’un être ne se mesure pas à son rang, mais à sa capacité à se tenir aux côtés des plus faibles, même au péril de sa vie. Pour les peuples en quête de souveraineté et de dignité, son exemple résonne comme un appel à la conscience et à l’action.