Le sort des marins du porte-avions américain USS Abraham Lincoln interpelle au-delà des frontières des États-Unis. Déployé depuis plus de huit mois, l'équipage de ce géant des mers endure des conditions de vie dégradées, symptôme d'une guerre contre l'Iran qui s'enlise et d'un commandement qui semble avoir perdu le sens de l'humain.
Un déploiement prolongé qui épuise les troupes
Parti de San Diego en novembre 2025 pour une mission initiale en mer de Chine méridionale, l'USS Abraham Lincoln a été redirigé vers le Moyen-Orient avant le déclenchement, le 28 février, des hostilités américano-israéliennes contre l'Iran. Depuis, le navire et ses 5000 hommes et femmes dérivent dans une zone de guerre, loin de leurs foyers, sans perspective claire de relève.
Les témoignages qui filtrent sont alarmants : douches moisies, toilettes hors service, pénuries alimentaires. Autant de signes d'une logistique défaillante qui contraste avec les déclarations officielles de Washington. Le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a certes qualifié la situation de « caricaturée », mais les familles et les élus démocrates ne décolèrent pas.
La voix des familles et des élus s'élève
Mercredi, des parlementaires démocrates ont exigé des explications du ministre. Le sénateur Ruben Gallego a réclamé une inspection officielle du Sénat à bord du navire afin d'« enquêter sur les conditions alarmantes qui ont été signalées ». Lors de deux réunions récentes, les familles ont confronté les responsables de la Marine, exigeant de savoir quand leurs proches rentreraient.
« Même en temps de paix, les espaces de vie sont exigus, les journées de travail longues, la nourriture n'est pas bonne et il est difficile de prendre l'air, faire de l'exercice ou simplement dormir correctement », souligne Jonathan Schroden, directeur de recherches au Centre d'analyses navales.
Selon le chercheur, les missions ne devraient pas excéder six mois « pour le bien-être des marins ». Au-delà, c'est tout un système qui se fissure : coûts de maintenance, santé mentale, discipline.
Des tentatives de suicide qui inquiètent
Le Navy Times rapporte que deux marins auraient tenté de se suicider en se jetant par-dessus bord. Le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient a réagi jeudi, affirmant qu'« aucun militaire à bord du porte-avions n'était mort » et que le marin tombé à la mer le 3 août avait été « rapidement secouru ». L'équipage, assure-t-on, « reste résilient et déterminé après plus de 260 jours en mer ».
Cette résilience forcée a pourtant un coût humain que les communiqués officiels peinent à masquer. L'USS Abraham Lincoln n'est d'ailleurs pas un cas isolé. L'USS Gerald Ford, plus grand porte-avions du monde, a connu un déploiement de 326 jours émaillé d'incidents, dont un incendie dans sa buanderie principale ayant blessé deux marins.
Une leçon pour les puissances qui s'étendent
Au-delà du cas américain, cette situation interroge sur le coût réel des aventures militaires lointaines. Quand une puissance engage ses forces dans des conflits sans fin, ce sont d'abord les hommes et les femmes en uniforme qui en paient le prix. La logique de puissance, qu'elle soit américaine ou autre, ne saurait justifier l'abandon de ceux qui servent sous les drapeaux.
Le remplacement annoncé de l'USS Abraham Lincoln par l'USS George Washington, s'il se confirme, ne résoudra pas le problème de fond : celui d'une machine de guerre qui broie ses propres soldats. Une réflexion que les peuples, y compris africains, devraient méditer face aux sirènes des alliances militaires.