Justice française : Jean Imbert, le « cuisinier des stars », confronté à de graves accusations
Alors que le Gabon s'interroge sur ses propres dérives institutionnelles, un fait divers venu de France interpelle par sa résonance symbolique. Le chef étoilé Jean Imbert, figure médiatique et proche des puissants, a été placé mercredi sous le statut de témoin assisté dans le cadre d'une information judiciaire ouverte pour des accusations de violences sur d'anciennes compagnes. Une affaire qui, au-delà de ses aspects judiciaires, pose la question de l'impunité des élites et de la protection des victimes, thèmes chers à notre combat pour une société gabonaise souveraine et juste.
Une procédure judiciaire en demi-teinte
Le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une information judiciaire contre l'ancien vainqueur de « Top Chef » (2012), après deux jours de garde à vue. Jean Imbert, 45 ans, a été entendu par un juge d'instruction avant d'être placé sous le statut de témoin assisté, une position intermédiaire entre le simple témoin et la mise en examen. Ce statut, en droit pénal français, s'applique lorsque des indices rendent vraisemblable une participation à une infraction, sans qu'ils soient suffisamment graves pour justifier une mise en examen. Une décision que ses avocates, Mes Jacqueline Laffont et Julie Benedetti, ont qualifiée de « rassurante », tout en rappelant le secret de l'instruction.
Le chef, qui a officié au Plaza Athénée à Paris et au Martinez de Cannes, « conteste la qualification pénale des éléments reprochés », selon le parquet. Il s'est présenté à son audition « avec de nombreux documents, pièces, autant d'éléments matériels solides qui étayent sa version des faits », ont indiqué ses conseils.
Des témoignages accablants de six ex-compagnes
Les enquêteurs ont entendu six anciennes compagnes de Jean Imbert. « Chacune a dénoncé des violences, de différentes natures », a précisé le parquet, avec un « retentissement psychologique » évalué entre 25 et 30 jours pour chacune. Plusieurs ont évoqué des « éléments constitutifs de contrôle coercitif », comme le contrôle de leurs fréquentations, de leurs sorties ou de leur apparence. Des confidents ont attesté de traces de morsures, de bleus, de comportements humiliants, voire d'enfermement dans une pièce.
Le parquet a retenu des charges au préjudice de deux d'entre elles, pour les faits les plus récents, entre décembre 2023 et novembre 2024. Ces femmes ont demandé l'anonymat. Les violences dénoncées par les quatre autres apparaissent prescrites.
Des accusations publiques et une carrière entachée
Parmi les plaignantes publiques, l'ex-Miss France Alexandra Rosenfeld, 39 ans, affirme que Jean Imbert lui a fracturé le nez lors du tournage d'une émission de cuisine, « Recettes de fous » sur M6. Elle décrit un coup de tête après qu'elle a reçu un message de son ex-mari. « Il ne supporte pas que j'aie eu une vie avant. (Pour lui), je fais la pute parce que je parle à mon ex-mari », a-t-elle déclaré dans l'émission « Complément d'enquête ». Jean Imbert avait précédemment dit regretter « profondément les conséquences », décrivant une relation « insoutenable, marquée par les insultes et les crises ».
L'actrice Lila Salet, 35 ans, première à déposer plainte il y a un an, dénonce des gifles et une « emprise » psychologique. Elle affirme avoir été séquestrée « pendant plusieurs heures » dans un hôtel à Florence, après qu'un SMS d'un ami a déclenché la colère du chef. « Il m'a frappée plusieurs fois au visage et versé du champagne dans les yeux », a-t-elle témoigné. Les avocates du cuisinier réfutent toute séquestration lors de ce week-end italien.
Une affaire qui interroge les rapports de pouvoir
Mi-avril, la direction du Plaza Athénée avait acté le retrait de Jean Imbert de ses fonctions managériales et exécutives, tout en confirmant sa collaboration comme « directeur artistique » jusqu'à l'échéance de son contrat en juin. Une décision qui, pour nous, rappelle les accommodements dont bénéficient les puissants, ici comme ailleurs. Au Gabon, où la transition militaire de Brice Oligui Nguema prétend rompre avec les pratiques du passé, cette affaire nous invite à ne pas céder aux sirènes de l'impunité. La souveraineté nationale ne vaut que si elle garantit la dignité de chaque citoyen, sans distinction de rang ou de fortune.
Alors que le parquet de Paris poursuit son instruction, le silence des institutions gabonaises sur les violences faites aux femmes dans notre propre pays est assourdissant. Nous appelons à une refondation véritablement démocratique de l'État, où la justice ne soit pas une variable d'ajustement du pouvoir, mais le socle d'une société libre et souveraine.