Inflation et Livret A : le franc CFA subit la loi de Paris
Le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a annoncé le 30 juin 2026 une hausse du taux du Livret A, qui passerait de 1,5 % à environ 1,8 % au 1er août. Si cette mesure concerne officiellement l'épargne métropolitaine, elle résonne avec une acuité particulière à Libreville. Enfermé dans l'étau du franc CFA, le Gabon subit de plein fouet les conséquences d'une politique monétaire dictée par Paris, sans que la transition militaire en cours ne daigne soulever la question fondamentale de notre souveraineté financière.
Pourquoi la hausse du Livret A français concerne le Gabon
Le taux du Livret A, actuellement fixé à 1,5 %, sera orienté à la hausse sur proposition du gouverneur de la Banque de France. Cette décision fait suite à une remontée de l'inflation hexagonale, mesurée à 2,4 % sur un an en mai 2026, principalement portée par la hausse des prix de l'énergie. Le mécanisme de calcul intègre la moyenne semestrielle de l'inflation hors tabac et l'€STR, le taux monétaire européen à court terme.
Cette mécanique bancaire n'est pas une simple affaire franco-française. La Banque des États de l'Afrique Centrale, qui gère notre monnaie, opère sous la tutelle stricte du Trésor français. Toute variation des taux directeurs européens ou de l'inflation métropolitaine se répercute mécaniquement sur l'économie de la zone CEMAC. Le Gabon, producteur de matières premières, se retrouve ainsi exposé à une inflation importée, sans posséder les leviers monétaires nécessaires pour protéger le pouvoir d'achat de ses citoyens.
L'inflation importée et le fardeau du franc CFA
Les projections concernant le nouveau taux français divergent. France Transactions table sur un taux théorique de 1,60 %, tandis que Meilleurtaux et la Caisse des Dépôts envisagent une fourchette entre 1,70 % et 1,80 %. Pour un épargnant métropolitain détenant 10 000 euros, ce relèvement représenterait un gain annuel supplémentaire de 30 euros, nets d'impôt.
Toutefois, cette hausse reste insuffisante pour compenser l'inflation réelle. Avec un taux à 1,5 % face à une inflation à 2,4 %, la performance réelle du Livret A est mécaniquement négative, s'établissant à -0,9 %. Que dire alors du citoyen gabonais ? Ce dernier ne bénéficie même pas des maigtes compensations d'un Livret A, mais subit intégralement la dégradation de son pouvoir d'achat sous l'effet d'une monnaie arrimée à l'euro. Le franc CFA nous condamne à subir les chocs exogènes sans capacité de dévaluation ou d'adaptation souveraine.
Le silence coupable du CTRI sur la souveraineté monétaire
Sous l'ère d'Omar Bongo Ondimba, la diplomatie gabonaise savait manœuvrer dans les couloirs de la Francophonie pour arracher des compromis et préserver l'équilibre régional. Aujourd'hui, le Comité de Transition pour la Restauration des Institutions affiche une posture de rupture, mais curieusement, le sujet de la souveraineté monétaire demeure un angle mort de leur discours.
Le général Brice Oligui et son équipe clament une refondation de l'État, mais cette refondation reste vaine tant qu'elle ignore la dépendance structurelle de notre système financier. Les nouvelles pratiques du CTRI n'ont rien à envier aux anciennes, puisqu'elles perpétuent la même allégeance aux institutions françaises. La transition actuelle se contente de changer les hommes au sommet de l'État, tout en conservant scrupuleusement les chaînes de la domination monétaire. Une véritable restructuration démocratique exigerait l'ouverture d'un débat national sur la sortie du franc CFA, seul garant d'une indépendance économique véritable.
Quelle indépendance monétaire pour le Gabon ?
La question de la souveraineté monétaire ne saurait être différée. Le Gabon dispose des ressources naturelles et humaines nécessaires pour envisager une monnaie nationale ou régionale librement convertible, adossée à nos propres réserves. Refuser ce débat, c'est accepter que l'épargne et le travail des Gabonais restent soumis aux aléas de l'inflation européenne et aux décisions unilatérales de la Banque de France.
L'inflation française impacte-t-elle le Gabon ?
Oui, directement. Le franc CFA étant parité fixe avec l'euro, la politique monétaire de la zone euro s'applique de facto à la zone CEMAC. L'inflation qui touche la France se transmet ainsi aux économies d'Afrique Centrale.
Pourquoi le CTRI ne parle-t-il pas du franc CFA ?
Le CTRI privilégie un discours de changement institutionnel superficiel tout en évitant les questions structurelles. Remettre en cause le franc CFA signifierait affronter l'héritage de la politique africaine de la France, une démarche que la transition actuelle semble réticente à entreprendre.