Gouvernance du football mondial : l’Union européenne s’invite dans la bataille pour la succession d’Infantino
La crise qui secoue la Fédération internationale de football association (FIFA) autour de l’abandon du projet FIFA Forward Enterprise ne se limite plus à un simple revers politique pour son président, Gianni Infantino. Alors que l’élection de 2027 semblait acquise, une fronde mondiale, menée par l’Union européenne (UE) et plusieurs confédérations, remet en cause la gouvernance opaque et la concentration des pouvoirs à Zurich. Pour le Gabon, cette affaire dépasse le cadre sportif : elle interroge la souveraineté des États face à des instances internationales souvent instrumentalisées par des intérêts privés.
Un projet controversé qui fissure l’édifice Infantino
Le projet FIFA Forward Enterprise, valorisé à près de 20 milliards de dollars, visait à créer une société commerciale chargée de gérer les droits de la Coupe du Monde et d’autres compétitions. L’objectif affiché était d’attirer des investisseurs privés, proches de l’ancien président américain Donald Trump, pour lever des fonds et redistribuer les bénéfices aux 211 associations membres. Mais cette initiative a rapidement été perçue comme une tentative de transformer le football en actif financier, au mépris des principes de transparence et de solidarité.
Face à l’opposition croissante de l’Union des associations européennes de football (UEFA), de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf) et de plusieurs fédérations nationales, la FIFA a dû reculer. Même la Confédération africaine de football (CAF) et la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL), alliés traditionnels d’Infantino, ont tardé à prendre position, révélant un isolement inédit pour le dirigeant italo-suisse. Ce retrait, loin de calmer les esprits, a mis en lumière une fracture profonde autour du modèle de gouvernance de l’instance.
Bruxelles entre en scène : le droit européen comme levier
L’Union européenne, bien que n’ayant pas de pouvoir direct sur l’élection présidentielle de la FIFA, dispose d’un arsenal juridique et politique pour peser dans ce rapport de force. Glenn Micallef, commissaire européen chargé du Sport, a dénoncé la « commercialisation incessante » du football et appelé à une réflexion sur les conséquences de la réforme. Plusieurs eurodéputés ont déjà saisi le comité d’éthique de la FIFA sur des questions de gouvernance, tandis que la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rappelé, avec l’affaire Super Ligue en 2023, que les fédérations sportives doivent respecter les principes de transparence et de concurrence.
Les articles 101 et 102 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), qui encadrent les pratiques anticoncurrentielles et les abus de position dominante, pourraient être mobilisés. La concentration des pouvoirs à la FIFA – fixer les règles, organiser les compétitions et maximiser leur valeur commerciale – alimente des interrogations sur la neutralité de ses décisions. L’article 165 du TFUE, qui reconnaît la spécificité du sport tout en défendant l’intégrité et la bonne gouvernance, offre un cadre pour exiger des garanties sur la séparation des pouvoirs et la protection de l’intérêt général.
L’UEFA en première ligne pour une refondation démocratique
Aleksander Čeferin, président de l’UEFA, ne se contente plus de bloquer un projet précis. Il réclame désormais des comptes sur les décisions prises autour des calendriers, des nouvelles compétitions et des orientations économiques de la FIFA. Selon plusieurs sources, l’UEFA chercherait à convaincre suffisamment de fédérations pour provoquer un congrès extraordinaire, conformément aux statuts de la FIFA. Les 55 fédérations européennes, en position stratégique, pourraient ainsi mettre la pression sur Infantino.
Cette bataille dépasse le simple cadre sportif. Elle pose la question de la souveraineté des États et des peuples face à des instances internationales qui, sous couvert de gouvernance mondiale, favorisent des intérêts privés. Pour le Gabon, pays qui a longtemps subi les dérives d’une gestion opaque, cette affaire rappelle l’urgence d’une refondation démocratique et transparente des institutions internationales. La réélection d’Infantino, qui semblait acquise, dépendra désormais de sa capacité à reconstruire une confiance largement fissurée.
Quels leviers pour l’Union européenne ?
L’UE peut agir sur plusieurs fronts : droit de la concurrence, transparence financière, protection des consommateurs et statut particulier du sport. L’arrêt Bosman de 1995, qui a transformé le marché des joueurs en appliquant les règles de libre circulation, reste un précédent marquant. Plus récemment, l’affaire Super Ligue a montré que les fédérations ne peuvent ignorer les principes de transparence et de contrôle lorsqu’elles exercent des fonctions économiques. Ces précédents offrent aux opposants à Infantino un cadre juridique pour réclamer une gouvernance plus ouverte.
La Commission européenne pourrait ainsi demander des garanties sur la transparence et la séparation des pouvoirs, sans pouvoir directement empêcher Infantino de se représenter. Mais ce soutien institutionnel renforce la position de l’UEFA et de ses alliés, qui réclament une profonde réforme du fonctionnement de la FIFA. Le combat ne se joue plus uniquement dans les couloirs de Zurich, mais désormais aussi dans les institutions européennes.
FAQ : Questions clés sur la crise de la FIFA
Quel est l’impact de l’Union européenne sur la réélection de Gianni Infantino ?
L’UE n’a pas de pouvoir direct sur l’élection, mais elle peut utiliser le droit européen de la concurrence et la transparence financière pour fragiliser la gouvernance d’Infantino, offrant un soutien institutionnel à ses opposants.
Pourquoi le projet FIFA Forward Enterprise a-t-il échoué ?
Le projet, perçu comme une privatisation des compétitions au profit d’investisseurs privés, a suscité une opposition massive de l’UEFA, de la Concacaf et de plusieurs fédérations, forçant la FIFA à l’abandonner.
Quel est le rôle de l’UEFA dans cette crise ?
L’UEFA, sous la direction d’Aleksander Čeferin, cherche à provoquer un congrès extraordinaire pour remettre en question la gouvernance d’Infantino et peser sur l’élection de 2027.
Quels précédents juridiques pourraient être utilisés ?
L’arrêt Bosman (1995) et l’affaire Super Ligue (2023) montrent que le droit européen peut imposer des principes de transparence et de concurrence aux fédérations sportives.