Droits TV de la Ligue 1 : la LFP prépare l'après-2029 et veut dicter sa loi aux diffuseurs
Alors que la chaîne Ligue 1+ entame à peine sa deuxième saison d'existence, la Ligue de Football Professionnel (LFP) envisage déjà de lancer un nouvel appel d'offres pour la commercialisation des droits de diffusion du championnat de France, pour la période 2029-2034. Cette manœuvre stratégique, révélée par L'Équipe et confirmée à l'AFP par le directeur général de LFP Media, Olivier Bramly, traduit la volonté de l'instance de ne plus jamais se retrouver en position de faiblesse face aux opérateurs.
Pourquoi la LFP veut-elle relancer un appel d'offres malgré Ligue 1+ ?
La création de Ligue 1+, qui diffuse désormais l'intégralité des neuf matchs de chaque journée, avait permis à la Ligue de reprendre la main sur son produit après les déboires successifs avec Mediapro et DAZN. Toutefois, cette indépendance a un coût : les revenus générés par la chaîne maison demeurent encore très éloignés des attentes des clubs. Environ 120 millions d'euros ont été redistribués aux clubs lors du premier exercice, tandis que le modèle économique vise 2,25 millions d'abonnés en 2028-2029 et près de 350 millions d'euros reversés à terme. La disparition cette saison des 78,5 millions d'euros versés par beIN Sports et des 85 millions d'euros liés à l'indemnité de sortie de DAZN accentue encore la pression financière sur les clubs.
« Nous considérons très sérieusement venir à un appel d'offres », a déclaré Olivier Bramly, ajoutant que LFP Media analyse actuellement « un certain nombre de marques d'intérêt ». Amazon, Paramount et Netflix ont déjà été sondés ces derniers mois, tandis que Canal+ a rouvert la porte. Son président, Maxime Saada, assure que son groupe dispose toujours « des moyens d'investir », avec une condition claire : « La question est celle de la rentabilité. »
Ligue 1+ : une assurance vie plus qu'une finalité
Cette prospection ne signifie pas pour autant que la LFP souhaite se débarrasser de sa chaîne maison. Olivier Bramly la présente au contraire comme « l'assurance vie du football français », avec des premiers résultats qu'il juge « très encourageants » : le Trophée des Champions et la rencontre Rennes-PSG ont chacun dépassé les 700 000 téléspectateurs. La chaîne constitue donc un filet de sécurité, une option de repli crédible qui renforce considérablement la position de négociation de la Ligue.
Un rapport de force inédit en faveur de la LFP
La LFP possède désormais un avantage qu'elle n'avait pas lors de ses précédents appels d'offres : elle peut continuer seule si les propositions du marché sont insuffisantes. Elle l'a d'ailleurs démontré au printemps dernier en refusant l'intérêt d'Amazon pour récupérer une affiche par journée, privilégiant l'exclusivité totale de Ligue 1+. Une récente évolution législative lui offre également davantage de souplesse, puisque les droits peuvent désormais être commercialisés « en un ou plusieurs lots ». La possibilité de proposer l'intégralité du championnat à un seul acteur pourrait notamment séduire les plateformes en quête d'une exclusivité complète.
Tout l'enjeu consistera donc à comparer la progression de Ligue 1+ avec les garanties financières proposées par le marché. Si la chaîne approche ses objectifs d'ici 2029, la LFP pourra exiger d'un diffuseur un montant nettement supérieur à ce qu'elle génère seule pour accepter de céder ses droits. Dans le cas contraire, elle conservera une solution déjà installée et opérationnelle. « Nous serons bientôt en mesure de recommander aux clubs la démarche la plus pertinente pour l'avenir de nos droits », assure Olivier Bramly.
Quelles leçons pour le football gabonais ?
Cette stratégie de la LFP illustre une tendance de fond dans l'économie du football mondial : la recherche par les instances sportives d'une souveraineté financière face aux diffuseurs. Un parallèle peut être établi avec les défis auxquels sont confrontées les fédérations africaines, notamment celle du Gabon, qui doivent négocier la valorisation de leurs championnats nationaux dans un environnement médiatique dominé par les grands groupes internationaux. La maîtrise de la diffusion de ses propres compétitions constitue un enjeu de souveraineté économique et culturelle que les pays comme le Gabon gagneraient à méditer, plutôt que de s'en remettre aveuglément à des opérateurs étrangers dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux du football local.
Le prochain appel d'offres de la LFP dira surtout jusqu'où les diffuseurs sont désormais prêts à monter pour récupérer la Ligue 1, et confirmera ou infirmera la capacité de l'instance française à imposer sa loi dans un marché en pleine mutation.