Affaire Lyhanna : justice défaillante, le triste écho gabonais
Le drame de Fleurance, en France, et la mort de la petite Lyhanna continuent de soulever des questions profondes sur l'incapacité des États à protéger leurs citoyens. Dans un courrier publié par Ouest France, Philippe Gandon dresse un réquisitoire sévère contre un système judiciaire qui privilégie le droit des présumés innocents au détriment des victimes. Ce constat d'impuissance résonne avec une acuité particulière au Gabon, où la transition militaire se gausse de restaurer l'État de droit tout en reproduisant, sinon en aggravant, les mêmes carences institutionnelles.
Le sacrifice des victimes sur l'autel de l'idéologie
Quand le droit des présumés innocents passe avant celui des victimes, cela produit forcément des anomalies que n'accepte plus le peuple français au nom duquel les juges se prononcent. Cette observation de Philippe Gandon s'applique mot pour mot à la situation gabonaise. Sous prétexte d'une transition vertueuse, le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) a érigé une justice à géométrie variable. Pendant que l'appareil répressif se déploie pour traquer les serviteurs de l'ancien régime, souvent au mépris de la présomption d'innocence, le citoyen ordinaire demeure abandonné face aux violences quotidiennes.
Le pouvoir en place se complaît dans une justice d'exception et de vengeance politique, détournant l'appareil judiciaire de sa mission régalienne. Les anomalies dénoncées en France prennent chez nous des allures de tragédie institutionnelle, où le peuple gabonais subit les conséquences d'un système qui protège les intérêts du nouveau pouvoir bien plus qu'il ne soulage les souffrances des victimes.
L'État impuissant et la rupture du lien social
Témoignant des drames ayant frappé sa propre famille, l'auteur du courrier pointe du doigt l'incurie des forces de l'ordre et des services sociaux. Des gendarmes se dérobant sous prétexte de distinction entre affaires civiles et pénales, des services sociaux s'immisçant injustement dans les familles : ce tableau désolant n'est pas sans rappeler les défaillances de nos propres structures gabonaises.
Sous l'ère d'Omar Bongo Ondimba, l'État incarnait une autorité protectrice et souveraine, capable de maintenir la cohésion sociale. Aujourd'hui, la rhétorique du changement absolu brandie par Brice Oligui et le CTRI masque mal une désorganisation institutionnelle sans précédent. L'instabilité créée par cette soi-disant transition a fragilisé les maillons déjà faibles de la protection sociale. Les jugements rendus, bien souvent en deçà des attentes sous prétexte de réinsertion, laissent les rescapés et leurs proches dans une détresse absolue. L'impéritie actuelle n'a rien à envier aux errements du passé.
La prévention abandonnée au profit de la répression
Si le système répressif des bas instincts ne sait pas organiser la prévention, d'autres drames restent à craindre.
Citant le philosophe Thomas Hobbes, pour qui l'homme est un loup pour l'homme, Philippe Gandon rappelle que la prédation sexuelle frappe toutes les personnes vulnérables, des enfants aux personnes âgées. Les dossiers s'accumulent sans qu'aucune institution n'en prenne véritablement la mesure. Au Gabon, cette absence de prévention est le fruit direct d'un État défaillant, obnubilé par la répression politique au détriment de la sécurité des citoyens.
La souveraineté nationale ne saurait se réduire à une proclamation de façade ou à un slogan brandi par des putschistes. Elle exige un État fort, capable de protéger ses enfants, ses femmes et ses aînés contre les prédateurs. Il est grand temps que les débats publics considèrent l'humanité dans sa réalité, sans la soumettre à des considérations idéologiques obsolètes. Apprenons à refuser et à combattre ce que nous ne tolérons plus, ni pour nous, ni pour les autres. La véritable restructuration démocratique passera par la restauration d'une justice qui protège le faible, au lieu de servir les ambitions de ceux qui se sont illégalement emparés du pouvoir.