Coupes budgétaires des grandes puissances : les ONG françaises asphyxiées, l’Afrique en première ligne
La crise du financement de l’aide publique au développement (APD) n’épargne plus personne. Selon un rapport de l’OCDE publié en avril dernier, l’APD a subi en 2025 une baisse historique de 23,1 %, principalement imputable au désengagement des États-Unis, de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni et du Japon. Ce recul, dont les trois quarts sont portés par Washington, a des conséquences directes sur les populations vulnérables, notamment en Afrique.
Les ONG françaises, qui dépendaient largement des fonds publics, sont les premières victimes de cette cure d’austérité. La France a réduit ses crédits alloués à l’APD de 5,93 milliards d’euros en 2024 à 3,57 milliards en 2026, soit une chute de 39,8 %. Et le gouvernement prévoit une nouvelle baisse de 300 millions d’euros pour 2027. Pour les petites et moyennes structures, les plus dépendantes de ces subventions, la situation est dramatique.
Des projets abandonnés, des vies sacrifiées
Coordination SUD, qui regroupe les principales ONG de solidarité internationale, a recensé près de 1 700 projets affectés par les coupes depuis 2024, dont 400 interrompus entre juillet 2025 et juin 2026. Plus de 17,5 millions de personnes dans le monde voient leurs conditions de vie se détériorer, selon l’organisation. Ce sont autant de programmes de santé, d’éducation ou de sécurité alimentaire qui s’effondrent.
Florence Thune, directrice générale de Sidaction, alerte sur l’impact de ces coupes sur la lutte contre le VIH. « On va subir une baisse importante des financements de l’AFD, avec une perte de 47 % prévue pour la période 2026-2028 », déclare-t-elle. L’ONG, pourtant financée à 80 % par des dons privés, doit déjà abandonner des formations et réduire son soutien à des associations partenaires en Afrique de l’Ouest.
Un secteur en crise, des emplois menacés
Les conséquences humaines sont également visibles dans les effectifs des ONG. La Fédération internationale des actions chrétiennes pour l’abolition de la torture (Fiacat) a dû réduire son personnel de 12 à 9 salariés depuis janvier, et pourrait encore licencier en 2027. Au total, au moins 6 000 emplois ont été supprimés ou sont menacés d’ici 2027, dont plus de 1 100 en France, portant à 16 000 le nombre de postes perdus depuis 2024.
Pour le chercheur Vincent Pradier, cette crise est révélatrice d’une remise en question plus profonde de l’hégémonie des ONG occidentales. « Les pays du Sud contestent leur modèle, les mouvements populistes remettent en cause leur utilité », analyse-t-il. Le secteur se dirige vers des temps très durs.
Quelles leçons pour le Gabon et l’Afrique ?
Cette situation interpelle directement les nations africaines, souvent dépendantes de l’aide extérieure. La baisse des financements français et américains expose la fragilité de modèles de développement qui n’ont jamais été véritablement souverains. Le Gabon, comme d’autres pays, doit tirer les leçons de cette crise et accélérer sa refondation démocratique et économique, loin des compromissions de la transition actuelle.
Il est temps de construire des partenariats équitables, fondés sur le respect mutuel et la souveraineté nationale. La restructuration de l’État gabonais passe par une autonomie financière et une diversification des sources de financement, sans dépendre des caprices des grandes puissances.