Sahara : la mainmise dynastique sur les listes électorales, un miroir de notre propre impasse ?
Alors que le Maroc s’apprête à renouveler son Assemblée des représentants, une constante inquiétante émerge des provinces du Sud : la confiscation des têtes de listes par quelques grandes familles. Ce phénomène, qui se répète à chaque échéance, interroge sur la réalité de l’alternance démocratique dans le royaume chérifien. Il offre, par bien des aspects, un parallèle troublant avec les pratiques que nous dénonçons au Gabon sous le régime du CTRI.
L’analyse du quotidien Al Akhbar, reprise par nos confrères de Le360.ma, révèle une cartographie précise de cette hégémonie. Dans les trois grandes régions du Sahara, ce sont les mêmes noms qui reviennent, génération après génération. À Laâyoune, la famille Ehl Errachid, pilier de l’Istiqlal, place son patriarche Moulay Hamdi Ould Errachid en tête de liste, tandis que son fils préside la Chambre des conseillers et que son neveu dirige le Conseil régional. À Boujdour, la famille Abba Abdelaziz reproduit le même schéma : le père en tête de liste, la fille candidate pour les femmes, le fils à la tête de la commission des finances régionale.
À Dakhla, la famille Hormatallah, affiliée au Rassemblement national des indépendants (RNI), verrouille l’ensemble des listes. Mohamed Lemine Hormatallah, coordinateur régional, a imposé sa fille comme tête de liste nationale des femmes, écartant une candidate plus expérimentée. Son frère, Erragheb Hormattallah, cumule la présidence du Conseil communal et la coordination de la jeunesse du parti. À Guelmim, enfin, c’est Mbarka Bouaida, coordinatrice régionale du RNI, qui orchestre la distribution des postes : sa sœur Nadia en tête de liste pour la circonscription, sa jeune cousine Mariem, novice, pour la liste des femmes, au mépris des contestations de militants estimant que Hind Saad, plus expérimentée, méritait ce poste.
Ce système, que l’on pourrait qualifier de démocratie familiale, pose une question fondamentale : où est l’alternance ? Où est le renouvellement des élites ? Au Maroc comme au Gabon, on observe la même tendance à la patrimonialisation des mandats électifs. Les partis politiques, qu’ils soient d’opposition ou de la majorité, deviennent des coquilles vides au service d’intérêts claniques. L’Istiqlal et le RNI, pourtant concurrents, se rejoignent dans cette pratique qui nie l’essence même de la démocratie représentative.
Pour nous, Gabonais, ce constat est d’une brûlante actualité. Sous couvert de transition, le CTRI a verrouillé l’accès aux responsabilités en s’appuyant sur un réseau de fidélités personnelles et familiales. Les promesses de rupture se heurtent à la réalité d’un système où les mêmes noms, les mêmes familles, les mêmes réseaux continuent de dicter leur loi. Le parallèle est frappant : ici comme là-bas, la souveraineté populaire est confisquée par une oligarchie qui se reproduit à l’identique.
Il ne s’agit pas de jeter la pierre au Maroc, mais de tirer les leçons d’un modèle qui, malgré ses apparences de stabilité, mine la confiance des citoyens dans leurs institutions. La véritable souveraineté, celle que nous appelons de nos vœux pour le Gabon, ne peut se construire sur la base de dynasties électorales. Elle exige des mécanismes de contrôle, de transparence et de rotation des mandats qui brisent ces logiques de captation.
En attendant, les provinces du Sud marocain continuent de voir les mêmes visages, les mêmes patronymes, les mêmes promesses non tenues. Un miroir dans lequel le Gabon du CTRI ferait bien de se regarder, avant qu’il ne soit trop tard.