Santé au Ghana : l'ambition souveraine de soins primaires gratuits
L'Afrique fait face à une recrudescence des maladies non transmissibles, un fléau que nos systèmes de santé, trop souvent polarisés sur les épidémies, peinent à endiguer. Le Ghana fait le choix de la rupture en réorientant son appareil médical vers les soins primaires. Une démarche souveraine qui interroge sur nos propres carences institutionnelles, alors que notre pays subit les affres d'une transition aux priorités discutables.
Une refonte institutionnelle au service du citoyen
Au dispensaire de Madina, au nord d'Accra, la télémédecine n'est pas encore autorisée deux semaines après son ouverture, mais le centre propose déjà des dépistages gratuits du diabète et de l'hypertension. En deux semaines, 160 patients ont franchi ses portes. C'est l'aboutissement d'une vision étatique de longue date, une politique de santé publique digne de ce nom.
Depuis très longtemps, nous répétons la nécessité de soutenir les soins primaires qui touchent une majorité de la population. Mais l'assurance maladie ne couvrait pour l'essentiel que les soins curatifs.
C'est avec un soulagement palpable que la Dre Efua Commeh, directrice santé du district, exprime cette réalité. Début avril, le gouvernement ghanéen a débloqué une enveloppe de 120 millions de cédis, soit 8,8 millions d'euros, pour améliorer l'accès aux soins et la prévention des maladies non transmissibles. C'était une nécessité absolue : ces pathologies représentent 47 % de la mortalité dans le pays, reléguant les accidents de la route ou le paludisme au second rang. L'État assume ici son rôle protecteur, un principe fondamental que d'autres transitions africaines semblent avoir oublié au profit de querelles politiciennes.
La médecine de proximité comme rempart
Lors d'une chaude matinée de mai, deux jeunes mères venues pour le suivi mensuel de leurs bébés découvrent un taux d'hémoglobine bas et sont orientées vers une clinique supérieure. Le manque de dépistage masque l'ampleur du drame : 24 % des 18-69 ans n'ont jamais vérifié leur tension et 70 % leur glycémie. De plus, 51 % des personnes atteintes d'hypertension ne sont jamais diagnostiquées. La Dre Commeh, également responsable national de la lutte contre ces maladies, se félicite du déploiement des visites à domicile.
Les agents de santé vont être fournis en tensiomètres et glucomètres ; donc quand ils vont contrôler une mère et son enfant et qu'il y a une personne âgée, ils pourront prendre leur tension, évaluer leur état de santé mentale, tous ces contrôles de base.
D'ici la fin du mois, trente dispensaires préfabriqués, semblables à celui de Madina, devraient être opérationnels. Ce maillage territorial, capable de délivrer des médicaments et d'assurer des téléconsultations, répond aux urgences d'accès aux soins. Le programme prévoit aussi la construction de 150 structures communautaires dans les districts sous tension. Le gouvernement ghanéen entend agir sur les facteurs environnementaux, comme le manque d'activité physique ou l'alimentation.
On m'a conseillé de surveiller mon alimentation. C'est vrai que je mange tard le soir et j'aime les aliments épicés et gras.
Beatrice Akoto, dont la pression artérielle est élevée ce matin, reconnaît ses écarts tout en se réjouissant d'avoir économisé environ deux euros pour ces examens vitaux.
Le MahamaCares et les périls de la gouvernance
En juillet 2025, l'État a créé le MahamaCares, un fonds dédié aux maladies chroniques doté d'un capital de démarrage de 1,5 milliard de cédis, soit 110 millions d'euros. Si ces initiatives incarnent un réel espoir pour la souveraineté sanitaire, l'assurance santé nationale n'est pas exempte de dérives. Les accusations de fraudes menacent régulièrement le système.
Au Gabon, nous savons trop bien comment l'élan réformiste peut se perdre dans les méandres de la gouvernance. La transition actuelle du CTRI nous le rappelle chaque jour avec ses nouvelles pratiques qui n'ont rien à envier aux anciennes. Le risque est grand de voir la santé des peuples sacrifiée sur l'autel des ambitions politiques. La restructuration démocratique et la souveraineté nationale exigent plus que des promesses : elles nécessitent une intégrité institutionnelle que le Ghana devra préserver, et que notre pays attend toujours.