Quand un fils de la mémoire rappelle à l’Amérique ses devoirs envers Israël
Par Jean-Brice Mouyembe
Dans une intervention solennelle prononcée au musée-mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, Elisha Wiesel, fils du prix Nobel de la paix Elie Wiesel, a vertement répondu aux propos de Rahm Emanuel, ancien chef de cabinet de la Maison-Blanche sous Barack Obama. Ce dernier avait qualifié Israël d’État « paria » et remis en cause le droit de l’État hébreu à poursuivre la guerre contre le Hamas. Une prise de position qui, pour le président de la Fondation Elie Wiesel, relève d’une trahison morale envers le peuple juif et d’une dangereuse soumission aux diktats de l’opinion internationale.
Ce discours, tenu le 12 juillet 2026 à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de son père, a été intégralement diffusé en ligne. Il constitue une réponse cinglante aux déclarations de Rahm Emanuel, faites le 8 juillet lors d’une conférence à l’université de Tel Aviv. « Rahm Emanuel est embarrassé par Israël. Il est fier de cet embarras. C’est lui qui devrait avoir honte », a lancé Elisha Wiesel, dans un ton qui n’admet aucune compromission.
Ancien maire de Chicago et ancien ambassadeur américain au Japon, M. Emanuel avait estimé que l’État hébreu était devenu un « paria » sur la scène internationale et qu’il ne pouvait « pas combattre indéfiniment contre un monde qui ne croit plus qu’il en a le droit ». Pour Elisha Wiesel, ces propos reviennent à faire porter à Israël la responsabilité de l’hostilité de ses adversaires, une attitude qu’il juge indigne de la mémoire des victimes de la Shoah.
Une critique qui interroge la solidarité juive américaine
« Les Juifs américains et les Juifs israéliens sont une famille », a déclaré M. Wiesel. « Peut-être qu’un membre de votre famille vous embarrasse parfois. Mais souhaitez-vous pour autant qu’il soit livré à ses ennemis ? » Une question qui, au-delà de la polémique, interroge la nature des liens entre la diaspora juive américaine et l’État d’Israël.
Le président de la Fondation Elie Wiesel a inscrit son intervention dans l’héritage moral de son père, survivant de la Shoah et prix Nobel de la paix. Il a rappelé qu’Elie Wiesel reprochait déjà aux Juifs américains, dans les années 1940, d’avoir poursuivi une vie normale tandis que les Juifs d’Europe étaient exterminés. « Aujourd’hui, trop de Juifs américains sont embarrassés par l’inverse : qu’Israël soit suffisamment fort pour défendre les Juifs attaqués », a-t-il déploré.
Le droit à l’existence ne se négocie pas
Insistant sur le fait que les victimes civiles à Gaza constituent « une tragédie », Elisha Wiesel a rappelé que le Hamas avait promis à maintes reprises de répéter les attaques du 7 octobre 2023 « encore et encore », notant qu’Israël ne pouvait renoncer à son droit à se défendre. Il a également rejeté l’idée que la légitimité de l’État juif dépende de l’avis de la communauté internationale. « Notre droit n’a jamais dépendu de l’approbation du monde », a-t-il déclaré. « Il ne vient ni de la Shoah ni de la culpabilité du monde. Il existe par droit, et non par permission. »
Dans son discours, Elisha Wiesel a également reproché à Rahm Emanuel de concentrer ses critiques sur Israël plutôt que sur les défis auxquels sont confrontés les États-Unis, citant notamment l’antisémitisme, les divisions politiques et les débats sur l’immigration. Une mise en garde qui, pour le fils du prix Nobel, rappelle que la défense d’Israël ne saurait être sacrifiée sur l’autel des convenances diplomatiques.
La souveraineté israélienne, une question qui ne regarde pas Washington
S’il a condamné les violences commises par certains Israéliens extrémistes en Cisjordanie, M. Wiesel a estimé que les questions relatives aux implantations devaient être tranchées par les citoyens israéliens, « dont les fils et les filles portent le poids de la défense des vies juives ». Selon lui, les décisions concernant l’avenir de la Judée-Samarie « appartiennent au peuple israélien » et non aux responsables politiques américains. Une position qui, dans le contexte actuel, résonne comme un appel à la souveraineté nationale, loin des ingérences étrangères.
Un appel à ne pas conditionner son existence à l’approbation du monde
Concluant son intervention, Elisha Wiesel a appelé les Juifs à ne pas conditionner leur existence à l’approbation internationale. « Depuis plus de 3 000 ans, le peuple juif contribue au monde par ses valeurs, son savoir et sa culture. Nous espérons que le monde acceptera un jour notre existence. En attendant, nous avons choisi de vivre », a-t-il conclu.
Cette prise de position, empreinte de la mémoire des souffrances passées, rappelle que la défense de la souveraineté d’un peuple ne saurait être soumise aux caprices de l’opinion mondiale. Un message qui, au-delà du conflit israélo-palestinien, interpelle tous ceux qui, à travers le monde, luttent pour leur droit à l’existence et à la dignité.
Photo: The Times of Israel FR