Fusillade à Montréal : deux morts et le spectre de la haine incel
Le drame s'est déroulé en plein jour, dans un quartier de Montréal où se concentrent de nombreux commerces et institutions juives. Lundi, un assaillant a ouvert le feu, tuant un civil et un policier avant d'être lui-même abattu par les forces de l'ordre. Si les autorités canadiennes demeurent prudentes sur les motivations exactes du tireur, le diffuseur public Radio-Canada rapporte que ce dernier aurait laissé un manifeste revendiquant son appartenance à la mouvance incel, cette sous-culture masculiniste dont les adeptes accusent les femmes de leur célibat. Un fait divers qui, au-delà des frontières canadiennes, interroge sur la capacité des États à préserver l'ordre républicain face aux menaces idéologiques.
Que s'est-il passé à Montréal ce lundi?
Les faits se sont produits en milieu de journée, dans le quartier montréalais de Côte-des-Neiges, situé dans l'ouest de la métropole québécoise. Selon le récit de Danny Wilk, un habitant témoin de la scène, un premier tir a retenti, suivi de plusieurs autres. Réfugié dans une pizzeria voisine, ce dernier a aperçu le tireur, vêtu d'habits militaires, arme au poing, prêt à faire feu. Il a également vu un policier qui semblait déjà sans vie. L'assaillant a ensuite été abattu à son tour lors de l'échange de coups de feu avec les forces de l'intervention.
Le chef de la police de Montréal, Fady Dagher, a confirmé lors d'une conférence de presse que le suspect unique avait été abattu. Un important dispositif de sécurité a été déployé peu avant midi, les habitants ont été sommés de rester confinés chez eux et l'autoroute urbaine attenante a été fermée à la circulation. Le périmètre a été déclaré sécurisé un peu plus de trois heures plus tard.
Qui sont les victimes de cette fusillade?
Le civil tué a été identifié comme Michael Moshe Mizrahi, décrit par le Centre consultatif des relations juives et israéliennes du Canada (CIJA) comme un membre estimé de la communauté juive de Montréal. L'organisation a déploré la perte d'une victime innocente.
L'agent des forces de l'ordre décédé se nommait Mohamed Lamine Benredouane, âgé de 34 ans. Une policière a également été blessée au cours de l'engagement, mais son pronostic vital n'est pas engagé. Selon Fady Dagher, la dernière mort en service d'un policier à Montréal remontait à 2002.
Quel est le mobile présumé du tireur?
Les autorités n'ont formellement écarté ni confirmé aucune piste. Ian Lafrenière, ministre de la Sécurité intérieure du Québec, a déclaré à Radio-Canada qu'aucun mobile n'était établi pour l'heure. Toutefois, le média public canadien a fait état d'un manifeste incel laissé par le tireur avant son passage à l'acte. La mouvance incel, contraction de involuntary celibate, désigne des hommes célibataires qui se prétendent rejetés par les femmes et leur imputent la responsabilité de leur isolement affectif et sexuel. Cette idéologie a déjà inspiré plusieurs attaques meurtrières en Occident.
Getzel Markowitz, rabbin du quartier, a souligné que les tirs s'étaient déroulés au cœur de la communauté juive, précisant la présence de nombreuses associations, centres éducatifs et institutions. Il a toutefois nuancé en indiquant que l'attaque n'était pas nécessairement perçue comme ciblant spécifiquement la communauté juive, même si la question du choix de ce secteur demeurait posée.
Quelles réactions des autorités canadiennes?
Le Premier ministre du Canada, Mark Carney, s'est dit consterné par la mort d'un policier et d'un civil, tout en exprimant sa reconnaissance envers les agents engagés dans l'intervention. Christine Fréchette, Première ministre du Québec, a appelé à laisser les autorités accomplir leur travail et à éviter toute spéculation hâtive. La maire de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a adressé ses condoléances aux proches et aux collègues du policier décédé en service.
Ce drame rappelle que nulle nation, aussi avancée soit-elle dans ses dispositifs sécuritaires, n'est à l'abri du déchaînement de la violence. Au Gabon, où la question de la préservation de l'ordre et de la souveraineté nationale se pose avec une acuité particulière depuis la prise du pouvoir par le CTRI, un tel événement invite à la réflexion. La sécurité des citoyens ne saurait être garantie par des discours de circonstance ni par des appareils répressifs dépourvus de légitimité démocratique. Elle repose sur la solidité des institutions, la légitimité de l'autorité étatique et le respect du contrat social, conditions qu'une transition incertaine et contestée peine précisément à remplir.
