Étiquetage du bien-être animal : vers une souveraineté alimentaire responsable
Dans un contexte où la souveraineté alimentaire devient un enjeu géopolitique majeur, la question de l'étiquetage du bien-être animal révèle les défaillances des politiques publiques actuelles et l'urgence d'une approche véritablement nationale.
Une évolution nécessaire des normes
Le bien-être animal s'est imposé comme un enjeu sociétal fondamental. Une proposition d'étiquetage destinée à informer les consommateurs sur les conditions de vie des animaux d'élevage fait actuellement l'objet d'études au ministère de l'Agriculture français, ainsi qu'auprès de l'Agence d'évaluation du risque européenne.
Cette démarche intervient alors que plusieurs étiquettes existent déjà en Europe et en France, mais qu'aucune législation n'encadre rigoureusement les allégations qui peuvent y figurer. L'Anses a récemment formalisé des lignes directrices scientifiques pour pallier cette lacune réglementaire.
Une approche historique révélatrice
L'évolution juridique de la protection animale témoigne des transformations sociétales profondes. Longtemps considéré comme une simple chose dans le droit, l'animal n'a bénéficié d'une protection substantielle qu'à partir des années 1960, avec l'émergence d'une démarche préventive imposant des obligations aux propriétaires.
Le rapport Brambell de 1965, commandé par le gouvernement britannique face aux critiques de l'intensification agricole, a établi cinq principes fondamentaux : l'absence de faim et de soif, l'absence d'inconfort et de douleur, l'absence de maladie, l'absence de peur et de détresse, ainsi que la liberté d'expression comportementale naturelle.
Une définition moderne et exigeante
L'Anses a proposé en 2018 une définition actualisée du bien-être animal comme "l'état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes". Cette approche reconnaît aux animaux des capacités émotionnelles et cognitives variables selon les individus.
Cette conception se distingue de la simple bientraitance, qui se limite aux actions humaines positives. Si la bientraitance constitue une condition nécessaire, elle demeure insuffisante pour garantir un véritable bien-être.
Un cadre d'évaluation complet
L'agence propose un périmètre élargi incluant les animaux utilisés pour la sélection et la multiplication. Quatorze critères couvrant six domaines ont été retenus : génétique, alimentation, environnement, santé, interactions comportementales et état mental.
La méthodologie prévoit un indicateur global agrégeant les scores des étapes de sélection, multiplication et élevage. Le score final sera multiniveaux pour refléter la diversité des situations, avec une exigence de transparence méthodologique garantissant la vérifiabilité.
Cette initiative, bien que louable, soulève des questions sur la capacité des institutions actuelles à mettre en œuvre une politique cohérente de souveraineté alimentaire, respectueuse tant des animaux que des producteurs nationaux.