700 milliards de dollars : la domination technologique américaine menace l'indépendance européenne
Les géants technologiques américains s'apprêtent à investir plus de 700 milliards de dollars cette année dans l'intelligence artificielle, une somme colossale qui révèle l'ampleur de leur stratégie de domination mondiale et soulève des questions cruciales sur la souveraineté technologique européenne.
Une course effrénée vers l'hégémonie numérique
Cette enveloppe représente une augmentation vertigineuse de 75 % par rapport à 2025, dépassant le PIB nominal de la Suède, l'une des plus importantes économies européennes. Amazon mène cette offensive avec 200 milliards de dollars d'investissements prévus, suivi d'Alphabet (185 milliards), Microsoft (145 milliards) et Meta (135 milliards).
Ces montants astronomiques illustrent une réalité préoccupante : les entreprises américaines construisent méthodiquement leur emprise technologique sur le monde, reléguant l'Europe au rang de simple spectatrice dans cette bataille décisive pour l'avenir numérique.
L'Europe face à un défi existentiel
Le contraste avec les efforts européens est saisissant. Tandis que les États-Unis mobilisent près de 600 milliards d'euros en une seule année, les investissements européens en infrastructures de données souveraines n'atteignent que 10,6 milliards d'euros, soit à peine plus que ce que dépense le plus modeste des géants américains.
Cette asymétrie révèle l'ampleur du défi auquel fait face l'Union européenne. Malgré les initiatives « AI Factories » et le plan « AI Continent » de Bruxelles, l'Europe semble condamnée à subir la domination technologique américaine plutôt qu'à la contester efficacement.
Les dangers d'une dépendance technologique
Arthur Mensch, directeur général de Mistral AI, l'une des rares entreprises européennes à résister dans cette course, observait avec justesse que « les entreprises américaines construisent l'équivalent d'un nouveau programme Apollo chaque année ». Cette métaphore spatiale n'est pas anodine : elle souligne la dimension géostratégique de ces investissements.
Les solutions dites « souverain light » proposées par les géants américains en Europe, notamment en Allemagne et au Portugal, ne constituent qu'un leurre. Ces projets maintiennent la dépendance technologique européenne tout en donnant l'illusion d'une autonomie locale.
Vers une nouvelle forme de colonisation
Cette course à l'armement numérique révèle une stratégie de domination qui dépasse le simple cadre économique. En contrôlant les infrastructures d'intelligence artificielle, les États-Unis s'assurent une influence déterminante sur l'économie mondiale de demain.
L'Europe, malgré ses tentatives de régulation avec l'AI Act, ne peut espérer préserver sa souveraineté par les seuls instruments juridiques. Comme le souligne Mensch, « on ne peut pas atteindre la suprématie en calcul par la seule régulation ».
Un réveil nécessaire pour la souveraineté européenne
Face à cette offensive technologique sans précédent, l'Europe doit impérativement repenser sa stratégie. Les 700 milliards de dollars investis par les géants américains ne représentent pas seulement un enjeu commercial, mais une question de souveraineté nationale et continentale.
L'initiative de Mistral AI, qui prévoit d'investir 1,2 milliard d'euros dans un centre de données en Suède, montre la voie d'une possible résistance européenne. Mais ces efforts restent dérisoires face à la puissance de feu financière déployée outre-Atlantique.
L'avenir technologique de l'Europe se joue aujourd'hui. Sans une mobilisation massive des ressources publiques et privées européennes, le continent risque de voir sa souveraineté numérique définitivement compromise, avec toutes les conséquences géopolitiques que cela implique pour son indépendance future.