Réconciliation franco-allemande : un modèle d'unité européenne face aux divisions contemporaines
Une initiative pédagogique remarquable s'est déroulée en Seine-et-Marne, où quinze lycéens français et dix élèves allemands se sont unis dans un hommage solennel aux déportés. Cette démarche, portée par le lycée du Gué-à-Tresmes, illustre avec force la capacité des peuples européens à transcender leurs divisions historiques pour construire un avenir commun.
Une démarche pédagogique exemplaire
L'initiative trouve ses racines dans la politique d'ouverture européenne de l'établissement. Sandrine Martinelli, professeure référente aux Actions Européennes, explique : "Au tout début, on a fait venir un eurodéputé qui avait pour projet de lancer un programme similaire entre plusieurs pays européens."
C'est lors d'une conférence européenne que le projet a véritablement pris forme, quand Sophie Mary, professeure d'allemand, rencontre un enseignant du lycée de Weimar. Cette rencontre fortuite a donné naissance à un projet pédagogique international d'une portée considérable.
L'union dans la diversité
Du côté français, quinze lycéens volontaires issus de filières variées ont participé à l'échange : secondes générales et technologiques, terminale CAP céramique, terminale bac pro hôtellerie, premières BMA arts graphiques. Cette diversité était voulue par l'équipe enseignante, comme l'explique l'une des organisatrices : "C'était une volonté d'associer les élèves de plusieurs filières pour montrer que la citoyenneté c'est pour tout le monde."
Cette approche inclusive révèle une philosophie éducative profonde : "Certains élèves se découvraient même tant ils n'ont pas d'échanges entre les filières", souligne l'enseignante.
Un programme de commémoration exemplaire
La semaine d'échange a débuté par un travail conjoint sur la montée du fascisme et la notion de génocide. Les élèves des deux nations ont ensuite visité le Mémorial de la Shoah à Paris et le site de Drancy, lieux de mémoire essentiels de l'histoire européenne.
Point culminant de cette démarche mémorielle, les lycéens ont rédigé ensemble les biographies d'Enoch Grynfas et Norbert Tugendhat, deux déportés du convoi 77, dernier grand convoi parti de Drancy vers Auschwitz. Ce travail historique rigoureux s'appuyait sur des documents fournis par l'association Convoi 77.
Une cérémonie symbolique forte
La cérémonie solennelle du 23 janvier 2026 à la Stèle des Déportés de Meaux constitue l'aboutissement de cette démarche. Sandrine Martinelli souligne la portée symbolique du lieu : "C'était tout un symbole de faire ça à cet endroit, d'autant plus qu'elle se situe en face de la Cité de la Musique qui porte le nom de Simone Veil."
La présence côte à côte des lycéens français et allemands, la lecture des biographies, les hymnes nationaux, le discours sur la réconciliation et le dépôt d'une gerbe commune ont marqué cette journée historique. Parmi les personnalités présentes : des représentants de la mairie de Meaux, une élue départementale, la directrice de la DAREIC de Créteil, un membre de Convoi 77 et deux représentants de la communauté juive.
Perspectives d'avenir
Le projet se poursuivra mi-mars à Weimar, où les élèves français visiteront le camp de Buchenwald. L'année prochaine, un élargissement est envisagé avec un établissement polonais proche de Cracovie pour une visite d'Auschwitz.
Cette initiative franco-allemande témoigne de la capacité des peuples européens à construire l'unité sur les cendres de leurs divisions passées. Elle offre un exemple précieux de réconciliation authentique, fondée sur la connaissance historique et le respect mutuel.