Justice française : relaxe controversée de deux avocats accusés d'intimidation
Le tribunal correctionnel de Bobigny a prononcé, ce lundi, la relaxe de deux avocats poursuivis pour intimidation envers la victime d'une séquestration. Cette décision soulève des interrogations sur le fonctionnement de l'appareil judiciaire français et la protection des victimes les plus vulnérables.
Une affaire aux contours troubles
L'affaire débute le 17 février 2021 dans la cité des Fusains à Aubervilliers. Mahmoud S., ressortissant tunisien en situation irrégulière, est secouru par les forces de l'ordre après avoir subi une séquestration accompagnée de violences graves. Employé sur un point de deal, il avait été brutalisé suite au vol de stupéfiants commis par l'un de ses compatriotes.
Les faits reprochés aux deux avocats, l'un pénaliste et l'autre spécialiste du droit des étrangers, sont particulièrement graves. Selon la victime, ils auraient tenté de l'intimider pour l'inciter à retirer sa plainte contre ses agresseurs, l'un d'eux lui proposant même 5 000 euros en échange de son silence.
Une procédure judiciaire défaillante
Cette relaxe intervient au terme d'une instruction de deux ans, malgré les réquisitions initiales de non-lieu du parquet. Le juge d'instruction avait pourtant maintenu les poursuites, imposant même une interdiction de séjour en Seine-Saint-Denis à l'un des prévenus dans le cadre de son contrôle judiciaire.
La non-comparution de la victime à l'audience constitue un élément troublant de cette affaire. Comment expliquer qu'un homme qui avait eu le courage de dénoncer des pressions subies ne se présente pas au moment crucial du procès ?
Questions sur l'indépendance de la justice
Les déclarations des avocats de la défense révèlent une conception pour le moins particulière de la justice. « Il dit qu'il a été intimidé par un avocat dans sa Smart, c'est ridicule ! », s'exclame Me Cédric Labrousse, minimisant ainsi les accusations portées par une victime déjà fragilisée par sa situation administrative précaire.
Cette affaire illustre les dysfonctionnements d'un système judiciaire qui peine à protéger les plus vulnérables. Comment un ressortissant étranger en situation irrégulière peut-il espérer obtenir justice face à des auxiliaires de justice disposant de moyens considérables pour leur défense ?
Une relaxe au bénéfice du doute
Après une heure de délibéré, le tribunal a finalement relaxé les deux prévenus « au bénéfice du doute ». Cette formulation juridique, si elle respecte le principe de présomption d'innocence, soulève néanmoins des interrogations sur la capacité de la justice française à établir la vérité dans des affaires impliquant des personnes en situation de grande précarité.
Cette décision s'inscrit dans un contexte plus large de questionnements sur l'égalité devant la justice et la protection des victimes les plus fragiles. Elle rappelle également les défis auxquels font face les systèmes judiciaires européens dans le traitement des affaires impliquant des ressortissants étrangers en situation irrégulière.