Économie durable : polémique autour d'un article contre les friperies
Un article du blogue Ton petit look, qui énumère les "20 raisons" pour lesquelles il ne faudrait "jamais" acheter dans les friperies, suscite une vive controverse sur les réseaux sociaux. Cette publication, accusée de propager des faussetés sur le marché de seconde main, intervient dans un contexte où l'économie durable devient un enjeu majeur face à l'inflation et à la crise climatique.
Des accusations de désinformation
L'article en question évoque des risques sanitaires supposés : insectes rampants, éruptions cutanées nécessitant des soins médicaux coûteux, ou encore le risque d'encourager la criminalité. Ces affirmations sont vivement contestées par les experts en économie durable.
"La plupart des arguments énumérés dans l'article s'appliquent surtout aux vêtements neufs de l'industrie de la fast fashion, et non à ceux que l'on retrouve en friperie", souligne Julie-Christine Denoncourt, analyste en réduction à la source pour Équiterre.
L'organisme environnemental s'est dit "choqué" par cette publication, qualifiée de "gênante", "ridicule" et "déconnectée" de la réalité économique actuelle.
Un contexte économique et environnemental critique
En pleine crise de l'abordabilité, cette polémique révèle les tensions autour des modèles de consommation alternatifs. Plus du tiers des Québécois (35%) avaient acheté davantage de produits de seconde main en 2025, selon le Baromètre de la consommation responsable.
"En 2026, cet article n'a pas sa place en contexte d'inflation et de crise climatique", déclare Julie-Christine Denoncourt. "On ne cite aucune source en plus d'alimenter des mythes sur le marché du seconde main que l'industrie a eu tant de mal à déboulonner".
Le "poor shaming" dénoncé
L'article du blogue va plus loin en suggérant que porter des vêtements d'occasion "peut être perçu comme un signe de désespoir" et affiche "clairement" un "petit budget". Cette approche est dénoncée comme du "poor shaming" par de nombreux utilisateurs des réseaux sociaux.
La journaliste mode Lolitta Dandoy, forte de trente années d'expérience, rappelle qu'elle magasine depuis des décennies dans les friperies, contestant ainsi les préjugés véhiculés.
Les vrais dangers de la fast fashion
Paradoxalement, pendant que certains dénigrent les friperies, l'inflation pousse de nombreux consommateurs vers les plateformes de mode éphémère comme Shein et Temu. Or, une étude récente de l'International Consumer Research and Testing (ICRT) révèle que 65% des articles Temu et 73% des produits Shein ne respectent pas les normes européennes.
Certains de ces produits contiennent même du cadmium, un métal lourd classé "cancérigène" par Santé Canada.
"Les produits chimiques qui entrent dans la fabrication de vêtements d'ultra-fast fashion ont beaucoup plus de risques de provoquer des éruptions cutanées que l'humidité des friperies", précise l'experte d'Équiterre.
Cette controverse illustre les défis contemporains entre consommation responsable, contraintes économiques et désinformation, dans un contexte où les choix de consommation deviennent des enjeux politiques et environnementaux majeurs.