Yémen : la bataille de Taëz, symbole d'une guerre sans fin
La guerre au Yémen connaît un nouveau tournant décisif. Les combats font rage autour de Taëz, troisième ville du pays, où les Houthis tentent d'encercler les forces gouvernementales. Cette escalade, qui a déjà fait plus de 70 morts en 24 heures, menace de plonger des millions de civils dans une catastrophe humanitaire sans précédent.
Une offensive annoncée, des capacités limitées
Le président du Conseil de direction présidentiel yéménite, Rachad al-Alimi, a annoncé le lancement d'opérations militaires visant à reprendre les territoires encore sous contrôle des Houthis. Dans un communiqué, il a déclaré : « J'annonce, aujourd'hui, le lancement des opérations militaires visant à reprendre les territoires de la République qui restent à reconquérir et à étendre l'autorité de l'État et de ses institutions à l'ensemble du territoire national. »
Cependant, cette déclaration a été jugée « insignifiante » par Farea al-Muslimi, chercheur associé à Chatham House, en raison des capacités aériennes limitées des forces gouvernementales. Une analyse qui contraste avec l'ampleur des défis sur le terrain.
Taëz, ville assiégée, au cœur de la tourmente
Les Houthis, qui contrôlent de vastes territoires depuis 2014, dont la capitale Sanaa, ont récemment pris le contrôle du littoral ouest bordant la mer Rouge. Désormais, ils resserrent leur étau autour de Taëz. Trois sources au sein des forces armées yéménites ont confirmé la prise par les Houthis du secteur et de l'axe d'approvisionnement au sud de la ville.
Des témoins ont rapporté d'intenses combats à al-Safiya et al-Samsara, deux localités situées le long de l'axe principal reliant Taëz au gouvernorat d'Aden. La fermeture de cet axe routier empêche le gouvernement d'acheminer des provisions et des renforts à Taëz, majoritairement aux mains de ses forces.
Une situation humanitaire et militaire préoccupante
Pour Ahmed Nagi, de l'ONG International Crisis Group, « l'essentiel est de savoir si les Houthis peuvent garder le contrôle des routes et resserrer progressivement l'étau autour de la ville de Taëz. S'ils y parviennent, la situation humanitaire et militaire pourrait se dégrader très rapidement. »
L'émissaire de l'ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, s'est dit « alarmé » par l'intensification des combats et les dégâts dans le gouvernorat de Taëz, notamment les « fermetures de routes » empêchant la fuite des habitants. Le gouvernorat « accueille actuellement la majorité des Yéménites récemment déplacés » par les combats, a-t-il souligné.
La détermination des habitants face à l'adversité
Malgré la menace, les habitants de Taëz affichent leur détermination à défendre leur ville. Zakaria al-Dhubhani a juré de ne pas laisser les Houthis « avancer d'un centimètre dans la ville ». « Nous vaincrons et écraserons quiconque entrera dans Taëz. Nous n'abandonnerons pas Taëz », a-t-il affirmé.
Une guerre régionale aux multiples facettes
Outre les combats contre les forces gouvernementales, les Houthis s'en prennent régulièrement à leur allié saoudien. Ils ont mené de nombreuses frappes dans le pays voisin et décrété un blocus de la flotte du royaume, premier exportateur mondial de brut. Le porte-parole du mouvement, Yahya Saree, a revendiqué des frappes sur des sites du géant pétrolier Aramco à Ryad et dans la région pétrolière de Khurais, provoquant « d'importants incendies ».
L'Arabie saoudite n'a pas réagi dans l'immédiat. Les combattants pro-iraniens ont accusé Ryad d'avoir mené des frappes dans les gouvernorats d'al-Jawf et de Saada, fiefs du mouvement, faisant état de deux blessés. La veille, l'armée régulière yéménite avait revendiqué des bombardements à Sanaa, à Saada et près de Taëz.
Ryad est intervenu dans le conflit yéménite en 2015, à la tête d'une coalition internationale, plusieurs mois après le déclenchement de la guerre. Depuis, le Yémen est devenu le théâtre d'une guerre par procuration entre l'Arabie saoudite et l'Iran, avec des conséquences désastreuses pour la population civile.
Quel avenir pour le Yémen ?
Alors que les combats s'intensifient sur plusieurs fronts, la communauté internationale semble impuissante face à cette crise qui s'éternise. Les appels à la cessation des hostilités se multiplient, mais les intérêts régionaux et internationaux continuent de dicter leur loi. Le Yémen, lui, sombre un peu plus chaque jour dans l'abîme.