Un exemplaire rarissime du « Guide des égarés » de Maïmonide aux enchères pour un million de dollars
Une édition exceptionnelle vieille de cinq siècles du célèbre ouvrage « Guide des égarés » de Moïse ben Maïmon, plus connu sous le nom de Maïmonide, sera proposée aux enchères mardi à Jérusalem pour la somme considérable d'un million de dollars américains.
Un patrimoine intellectuel universel
Cette œuvre majeure de Maïmonide, érudit du XIIe siècle ayant vécu entre l'Espagne, le Maroc et l'Égypte, demeure l'un des textes fondamentaux de la pensée philosophique médiévale. Rédigé initialement en judéo-arabe puis traduit en hébreu, ce traité consacré aux rapports entre la Torah et la philosophie aristotélicienne a profondément marqué l'histoire intellectuelle, influençant des penseurs bien au-delà de la tradition juive.
Le volume proposé par la Salle des ventes Kedem combine deux incunables, ces précieux ouvrages imprimés avant l'an 1500, soit dans les premières décennies suivant l'invention de l'imprimerie. Les experts datent ces exemplaires de la période 1473-1475 et les considèrent comme constituant la toute première édition imprimée du « Guide des égarés ».
Une rareté bibliographique exceptionnelle
« Les incunables imprimés en caractères hébreux sont d'une rareté extrême », souligne Angelo Piattelli, directeur général de Kedem et spécialiste reconnu des livres et artefacts juifs. « Nous ne recensons que 120 à 130 incunables hébreux dans le monde entier, dont certains ne sont que des copies ou des fragments. »
Ces ouvrages primitifs, souvent dépourvus de page de titre, d'année d'impression ou de pagination, témoignent des balbutiements de l'art typographique. La plupart des incunables hébreux furent imprimés en Italie, notamment à Rome entre 1469 et 1475, période particulièrement féconde pour l'édition hébraïque.
Une provenance prestigieuse
Ces précieux incunables ont appartenu successivement à Zalman Schocken et Felix Guggenheim, deux éminents éditeurs et entrepreneurs juifs allemands du XXe siècle qui quittèrent l'Allemagne pour échapper aux persécutions nazies. Plus récemment, ils furent la propriété du collectionneur suisse David Jeselsohn, qui procéda à leur réunification en un volume complet et à leur restauration minutieuse, notamment par l'ajout d'une reliure d'époque en bois et cuir du XVe siècle.
Actuellement conservé à Zurich, cet exemplaire unique pourrait, selon les estimations de la maison Kedem, atteindre lors de la vente une valeur comprise entre deux et trois millions de dollars, dépassant largement le prix de départ fixé à un million.
Cette vente aux enchères proposera également d'autres pièces remarquables, notamment deux rouleaux d'Esther richement ornés, des manuscrits du XVIIe siècle et une haggadah de Pessah illustrée datant du XVIe siècle, témoignant de la richesse du patrimoine écrit de la tradition juive.