Le football moderne sacrifie trop souvent le talent sur l'autel des grands clubs et des contrats mirifiques. L'histoire d'Issiaka Touré, gardien franco-ivoirien de 21 ans, vient opportunément rappeler que le travail et la persévérance conservent leurs vertus. Non conservé par l'AS Saint-Étienne à l'issue de la saison dernière, le portier a fait le choix audacieux de rejoindre Aubagne, club de troisième division, pour obtenir du temps de jeu. Quelques mois plus tard, le voici titularisé avec l'équipe de France Espoirs face au Luxembourg. Une trajectoire qui force le respect et interroge les hiérarchies établies.
Un choix de raison plutôt que de prestige
Arrivé à l'AS Saint-Étienne en 2023 après sa formation au Toulouse FC, Issiaka Touré n'est jamais parvenu à s'imposer durablement dans l'équipe première des Verts. Trois saisons passées avec la réserve, principalement en National 3, n'auront pas suffi à convaincre les dirigeants stéphanois de le prolonger. Plutôt que de s'accrocher à un statut illusoire, le gardien de 1,94 mètre a opté pour une solution pragmatique : rejoindre le SC Aubagne Air-Bel, pensionnaire de Ligue 3. Un choix mûrement réfléchi, guidé par la perspective d'un temps de jeu régulier chez les seniors.
Cette décision, pourtant risquée, s'est rapidement avérée payante. Malgré les difficultés sportives de son nouveau club, actuellement seizième du championnat avec une seule victoire en sept rencontres, Touré a disputé l'intégralité des matchs dans les cages aubagnaises. Une exposition qu'il n'avait jamais connue à ce niveau, et qui a visiblement attiré l'attention des sélectionneurs nationaux.
La surprise Gérald Baticle et la consécration internationale
Le 18 septembre dernier, le sélectionneur des Espoirs français, Gérald Baticle, a créé la surprise en convoquant Issiaka Touré pour la première fois, dans le cadre des qualifications à l'Euro U21 2027. Une récompense inattendue pour un joueur qui évoluait encore en réserve quelques mois plus tôt. Interrogé par La Provence, le jeune gardien ne cachait pas son émotion :
« Une fierté, c'est le mot qui prime. Je profite du moment parce que ça n'a pas toujours été facile. C'est ma première sélection, je n'ai jamais connu ça. »Il tenait également à saluer la confiance d'Aubagne :
« Ils ont fait preuve d'une confiance incroyable en allant me chercher à Saint-Étienne. Je serai éternellement reconnaissant. »
Mais la surprise ne s'est pas arrêtée là. Initialement appelé pour compléter le groupe, Touré a profité d'un concours de circonstances pour se retrouver titulaire face au Luxembourg. Robin Risser et Guillaume Restes ayant été appelés en équipe de France A, et Ewen Jaouen, gardien de Newcastle, déclarant forfait sur blessure, la voie s'est ouverte. Le staff technique lui a alors préféré à Mathieu Patouillet, deuxième gardien du Stade Brestois en Ligue 1. Une marque de confiance remarquable pour un joueur évoluant en troisième division.
Le temps de jeu, meilleur allié de la progression
Cette première sélection prend une dimension particulière au regard de la concurrence au poste de gardien. Jaouen et Patouillet évoluent respectivement en Premier League et en Ligue 1, tandis que Touré défend les couleurs d'un club engagé dans la lutte pour le maintien. Son parcours démontre que le temps de jeu peut parfois peser davantage que le prestige d'un club dans la progression d'un jeune joueur. Une leçon que les décideurs du football africain, et notamment gabonais, feraient bien de méditer.
Avant son rassemblement, l'ancien Stéphanois expliquait vouloir avant tout apprendre et montrer ses qualités, sans se fixer d'objectif immédiat dans la hiérarchie. Son début de saison n'a certes pas été parfait, avec notamment une expulsion contre Rouen au lendemain de l'annonce de sa convocation. Mais en quelques mois, le gardien est passé d'un départ discret de l'ASSE à une première titularisation internationale. Une ascension qui force l'admiration et prouve, s'il en était besoin, que le mérite finit toujours par s'imposer.
Quel avenir pour Issiaka Touré ?
Fort de cette expérience internationale, le portier franco-ivoirien dispose désormais d'un atout supplémentaire dans ses négociations futures. Son avenir s'écrira peut-être ailleurs qu'à Aubagne, mais son passage en Ligue 3 aura démontré une chose essentielle : la confiance et le travail valent mieux que les promesses des grandes écuries. Une trajectoire exemplaire, à l'heure où le football professionnel privilégie trop souvent les considérations financières aux valeurs sportives.
