Tensions diplomatiques au Golfe Persique : L'Arabie saoudite hausse le ton contre les Émirats arabes unis
Une campagne médiatique saoudienne d'une virulence inédite vise désormais les Émirats arabes unis, ravivant le spectre d'une crise majeure dans cette région stratégique du Golfe Persique, épicentre économique et financier du Moyen-Orient.
Depuis l'intervention militaire saoudienne au Yémen le mois dernier pour contrer une offensive séparatiste soutenue par Abou Dhabi, les médias d'État de Riyad multiplient les accusations de violations des droits humains et de "trahison" à l'encontre de leur voisin émirati. Cette escalade verbale rappelle la véhémence du blocus imposé conjointement au Qatar en 2017, qui avait duré plus de trois années.
Rivalités géopolitiques et ambitions régionales
Cette confrontation publique contraste singulièrement avec l'image de stabilité que s'efforcent habituellement de projeter ces monarchies pétrolières, soucieuses de préserver leur attractivité touristique et économique dans le cadre de leurs stratégies de diversification.
Selon les analystes, Riyad perçoit avec inquiétude les ambitions régionales croissantes d'Abou Dhabi. La chaîne Al-Ekhbariya a ainsi dénoncé la politique émiratie : "De la Libye au Yémen en passant par la Corne de l'Afrique, les Émirats investissent dans le chaos et soutiennent les séparatistes."
Anna Jacobs, spécialiste reconnue du Golfe, observe que "ces tensions s'expriment désormais publiquement de manière inédite", Riyad affichant clairement ses désaccords sans montrer aucun signe d'apaisement.
Enjeux économiques et alliances stratégiques
Paradoxalement, cette escalade diplomatique survient alors que les économies des deux pays demeurent étroitement imbriquées, avec des échanges commerciaux avoisinant 36 milliards de dollars en 2024. L'Arabie saoudite constitue le troisième partenaire commercial des Émirats.
L'analyste saoudien Soliman Al-Okaily évoque "un profond sentiment que les Émirats ont trahi le partenariat stratégique avec l'Arabie saoudite et qu'ils cherchent désormais à attiser des crises dans la sphère d'influence saoudienne."
Cette crise redessine les alliances régionales. Tandis que le président émirati renforce les relations avec New Delhi, notamment dans le domaine de la défense, Riyad a conclu un accord de défense mutuelle avec le Pakistan, rival historique de l'Inde.
Théâtres de confrontation : du Yémen au Soudan
Les tensions se cristallisent sur plusieurs théâtres géopolitiques. Au Yémen, des responsables soutenus par Riyad ont récemment dénoncé l'existence de "prisons secrètes" gérées par les Émirats et leurs alliés, accusations fermement rejetées par Abou Dhabi.
Au Soudan, l'Arabie saoudite et les États-Unis ont soumis une nouvelle proposition de cessez-le-feu excluant délibérément les Émirats de l'initiative, ces derniers étant accusés de soutenir les Forces de soutien rapide paramilitaires.
La Somalie a également annulé en janvier tous ses accords avec les Émirats, qui soutiennent la région sécessionniste du Somaliland, récemment reconnue par Israël.
Perspectives d'évolution
Bien qu'une rupture diplomatique formelle demeure improbable selon les analystes, Riyad pourrait recourir à des "mesures économiques douloureuses" pour faire pression sur son voisin.
Adam Baron, chercheur au centre New America, tempère néanmoins en observant que le message saoudien oscille encore entre "retenue et escalade potentielle", laissant entrevoir des possibilités de désescalade.
Cette crise illustre les mutations géopolitiques profondes qui traversent le Golfe Persique, où les solidarités traditionnelles cèdent progressivement la place à des rivalités d'influence qui pourraient redéfinir durablement l'équilibre régional.