Ginette Kolinka et Catel : transmettre la mémoire face à la montée de l'intolérance
À cent ans passés, Ginette Kolinka poursuit inlassablement sa mission de transmission. Survivante des camps de concentration nazis, elle s'associe à l'illustratrice Catel pour un ouvrage qui conjugue témoignage et art graphique, dans un contexte où l'antisémitisme connaît une recrudescence préoccupante en Europe.
Un dialogue entre mémoire et création artistique
L'alliance entre le témoignage de Ginette Kolinka et l'art de Catel révèle une approche novatrice de la transmission mémorielle. Les dessins en noir et blanc de l'illustratrice donnent corps aux récits de la centenaire, montrant "la violence des kapos, l'insalubrité, la mort qui y rôdait". Cette collaboration artistique transcende les générations et les médiums pour porter un message universel.
"Je raconterai mon histoire jusqu'à mon dernier jour", affirme Ginette Kolinka avec une détermination qui force le respect. Son objectif demeure clair : faire comprendre que "tout ce qui est arrivé est à cause de la haine", une leçon d'une actualité saisissante.
L'art au service de la mémoire collective
Catel justifie son engagement artistique par la nécessité de "dessiner l'immontrable et le non-vécu". Cette démarche créatrice s'appuie sur une documentation rigoureuse, notamment les dessins réalisés par d'anciens prisonniers après leur libération. L'illustratrice souligne que "si les mots ont un poids, les images provoquent un choc et restent en mémoire".
Cette approche visuelle répond à une urgence : pallier l'absence de photographies des atrocités commises dans les camps. Les dessins deviennent ainsi des témoins graphiques d'une époque que l'humanité ne doit jamais oublier.
Un silence rompu après cinquante années
Le parcours de Ginette Kolinka illustre le traumatisme profond des survivants. Pendant près d'un demi-siècle, elle a gardé le silence, non par incapacité à parler, mais par souci de "ne pas déranger les gens". Cette discrétion, qui fut peut-être sa clé de survie dans les camps, l'a longtemps empêchée de témoigner.
Ce n'est qu'après la disparition de son époux Albert qu'elle a décidé de briser ce silence. Une décision tardive mais essentielle pour la préservation de la mémoire collective.
Face à la montée contemporaine de l'intolérance
L'actualité donne une résonance particulière à ce témoignage. Ginette Kolinka observe avec inquiétude que "le monde redevient extrêmement violent" et que "on accepte de moins en moins facilement les différences". Cette analyse rejoint les préoccupations de nombreux observateurs face à la résurgence des discours de haine en Europe.
La centenaire refuse cependant de céder au pessimisme. Son message demeure celui de l'acceptation mutuelle : "Il y a les juifs, les musulmans, les chrétiens, mais, au final, nous sommes tous des êtres humains".
Un héritage artistique et familial
Cette collaboration s'inscrit dans une dynamique familiale remarquable. Richard Kolinka, fils de Ginette et batteur du groupe Téléphone, a vu sa mère témoigner publiquement sans jamais l'avoir interrogée sur son passé. Catel, de son côté, a impliqué ses filles dans ce projet, créant un pont intergénérationnel autour de la mémoire.
L'ouvrage devient ainsi un testament artistique et historique, destiné à perpétuer le souvenir au-delà des témoins directs. Comme le souligne Catel, "dans X années, quand un arrière-arrière-petit-neveu tombera sur les affaires de sa grand-tante, ce dessin aura toujours la même force".
Une mission éducative persistante
Malgré son âge avancé, Ginette Kolinka continue d'intervenir dans les établissements scolaires. Elle s'inquiète toutefois de l'évolution du contexte éducatif : "Peut-être que les enseignants ne vont plus avoir envie d'évoquer cette période, vu l'antisémitisme actuel".
Cette préoccupation souligne l'importance cruciale de préserver et transmettre ces témoignages, particulièrement dans un contexte où les derniers survivants disparaissent progressivement.
L'alliance entre Ginette Kolinka et Catel représente bien plus qu'une simple collaboration artistique. Elle incarne une résistance culturelle face à l'oubli et à la résurgence des intolérances. Dans un monde où les tensions communautaires s'exacerbent, leur message d'humanité commune résonne avec une force particulière, rappelant que la vigilance démocratique demeure plus que jamais nécessaire.