Crise du lait infantile: la France confirme son premier cas d'intoxication, révélant les défaillances du système sanitaire
La crise sanitaire qui secoue l'industrie du lait infantile européen franchit un nouveau palier alarmant. Selon les révélations de Radio France, un premier cas d'intoxication vient d'être officiellement confirmé sur le territoire français, après les huit cas déjà recensés en Belgique.
Un nourrisson de 24 jours hospitalisé à Montpellier
L'enfant, âgé de seulement 24 jours, a été hospitalisé les 6 et 7 février au CHU de Montpellier après avoir consommé un lait infantile de la marque Gallia Calisma, produit par le géant Danone. Le produit était contaminé par la toxine céréulide et faisait l'objet d'un rappel officiel.
Les analyses révèlent une situation particulièrement préoccupante: la concentration de toxine découverte dans les selles du nourrisson dépassait largement la dose aiguë de référence établie par les autorités sanitaires européennes et françaises, fixée à 0,014 microgramme de céréulide par kilogramme de masse corporelle.
L'aveu d'une incapacité technique française
Dans un aveu troublant d'incompétence, les autorités françaises ont dû faire appel au laboratoire belge Sciensano pour réaliser les analyses cruciales, la France ne disposant d'aucun laboratoire de référence capable d'effectuer ces tests essentiels. Cette décision, prise mi-février, illustre de manière saisissante les lacunes du système sanitaire national.
Plus grave encore, des familles dont les enfants présentaient des symptômes après avoir consommé des lots rappelés se sont vues renvoyées vers le fabricant Nestlé par la Direction Départementale de Protection des Populations des Hauts-de-Seine. Dans un enregistrement révélateur, une responsable de cette administration expliquait aux parents que Nestlé avait "gentiment accepté de faire les analyses" et qu'"il n'y avait pas d'autre solution".
Mobilisation citoyenne face aux défaillances étatiques
Face à cette abdication des responsabilités publiques, vingt-quatre familles se sont constituées en collectif baptisé Intox'Alim et ont porté plainte, non seulement contre les industriels, mais également contre l'État français, dénonçant l'incapacité des autorités à assurer la protection des nourrissons.
Plusieurs enquêtes judiciaires sont en cours à Angers, Bordeaux, Blois et Paris, notamment après le décès de trois nourrissons ayant consommé des lots contaminés. Les fabricants impliqués, parmi lesquels figurent les géants Nestlé, Danone et Lactalis, ont procédé à des rappels dans plus de soixante pays.
Des retards inexcusables dans la gestion de crise
L'enquête révèle des dysfonctionnements majeurs dans la chaîne de réaction: la toxine avait été détectée dès le 26 décembre dans des lots produits par Nestlé à l'usine française de Boué, mais les rappels n'ont été effectués qu'à partir du 6 janvier, soit onze jours plus tard.
Malgré ces éléments accablants, les industriels persistent à qualifier ces retraits de "rappels préventifs", maintenant la fiction d'une absence de lien scientifiquement établi entre leurs produits et les intoxications constatées.
Cette crise révèle une fois de plus la subordination dangereuse des intérêts sanitaires publics aux impératifs commerciaux des multinationales, dans un contexte où les capacités techniques nationales se révèlent dramatiquement insuffisantes.