Affaire Cornell : le scandale des violences sexuelles qui ébranle les universités américaines
L'affaire du viol collectif présumé à l'université Cornell, dans l'État de New York, a ravivé aux États-Unis un débat de fond sur l'ampleur des violences sexuelles dans les campus, la culture des fraternités qui les favorise, et les carences d'un système judiciaire et universitaire souvent accusé de complaisance. Ce dossier, suivi de près par la procureure générale de New York, Letitia James, pourrait déboucher sur une réforme législative attendue par de nombreuses associations de défense des droits des femmes.
Que reproche-t-on aux fraternités dans l'affaire Cornell ?
Une étudiante de 20 ans au moment des faits affirme avoir été droguée puis violée par sept étudiants, tous membres de la fraternité Chi Phi, une organisation exclusivement masculine de cette université d'élite située à Ithaca. Selon sa plainte déposée le mois dernier, les faits se seraient déroulés en 2024. L'affaire a provoqué une vague d'indignation nationale, d'autant que la première plainte déposée auprès de la police n'avait pas donné lieu à des poursuites.
Le procureur du comté, en fonction à l'époque, avait justifié son inaction en évoquant des rapports consensuels. Toutefois, selon plusieurs médias, la police du campus aurait retiré de la déposition de la plaignante des passages où elle qualifiait les faits de viol et affirmait avoir été contrainte. Cette révélation a suscité de vives critiques sur la gestion de l'affaire par les autorités universitaires et judiciaires.
Quelles sont les conséquences pour les accusés et l'université ?
Face au tollé, le procureur a annoncé la réouverture d'une enquête et envisage désormais des poursuites pénales contre les sept étudiants. Parallèlement, le président de l'université Cornell a annoncé samedi la mise en place d'une enquête externe indépendante pour examiner la gestion de l'affaire par l'établissement. Un porte-parole a indiqué que la fraternité Chi Phi a été fermée et que des sanctions disciplinaires allant jusqu'à l'exclusion et la suspension ont été prises contre les auteurs présumés.
Pourquoi les fraternités sont-elles pointées du doigt ?
Cette affaire illustre une problématique plus large : celle des fraternités, ces associations étudiantes masculines présentes dans tout le pays, régulièrement accusées de favoriser les violences sexistes et sexuelles. Une étude publiée en 2020 par l'Association des universités américaines, portant sur 33 établissements, révèle qu'un quart des étudiantes et un étudiant sur quatorze en licence ont déclaré avoir subi un contact sexuel forcé ou sans possibilité de consentement.
Les mois suivant la rentrée sont qualifiés de « zone rouge », période durant laquelle se produisent une grande partie des agressions, notamment envers les étudiants de première année, lors de soirées où l'alcool et les drogues circulent librement. La fondation JED, consacrée à la santé mentale des jeunes, notait dans un rapport de 2024 que « les hommes qui cherchent à rejoindre une fraternité ont tendance à être davantage enclins à l'agression sexuelle et plus susceptibles d'adhérer aux mythes sur le viol ».
L'interdiction des fraternités est-elle envisageable ?
Les appels à abolir les fraternités et leurs équivalents féminins, les sororités, se font régulièrement entendre, notamment après des scandales de bizutage ou d'accusations de racisme. Mais les bannissements restent rares, car ces organisations disposent de réseaux d'anciens membres influents et constituent une source de revenus importante pour les universités. La victime de Cornell, elle-même membre d'une sororité, a pris conscience d'avoir subi un viol en échangeant avec ses « sœurs », avant de porter plainte trois semaines après les faits, selon une enquête du New York Times.
Quelles réformes législatives sont attendues ?
Le dossier a été confié à la procureure générale de New York, Letitia James, connue pour ses investigations contre Donald Trump ou l'ancien gouverneur Andrew Cuomo. La gouverneure de l'État de New York s'est engagée à réformer une loi controversée qui rend difficile la reconnaissance d'un viol lorsque la victime a consommé de l'alcool ou des stupéfiants de son plein gré, comme c'est le cas pour l'étudiante de Cornell. Ce vide juridique existe dans une vingtaine d'États américains.
« Le fait d'être en état d'ébriété ou sous l'emprise de drogues après une consommation volontaire ne donne pas licence pour une agression sexuelle ou un viol en réunion », a déclaré l'élue.
Cette affaire, au-delà de son retentissement médiatique, pose une question fondamentale : celle de la protection des étudiants et de la responsabilité des institutions face à des violences trop longtemps tues. Elle rappelle, s'il en était besoin, que la lutte contre les violences sexuelles exige une volonté politique et judiciaire sans faille, loin des compromissions qui ont trop souvent prévalu.
